Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

31x47jrktpl-_sx195_Auteur : Vincent Villeminot

Edition : Sarbacane (Exprim’)

Langue originale : Français

Genre : Contemporain Jeunesse

Date de parution : novembre 2016

Nombre de pages : 216

EAN : 978-2848659220

 

Résumé

« Vendredi 13 novembre 2015. B. était à la terrasse du café, quand les terroristes ont tiré. Son frère est mort, lui s’en sort presque indemne. Hagard, il quitte l’hôpital au matin, monte dans le métro. Son regard croise celui d’un passager… Stupeur, il reconnaît ce visage : il s’agit de l’un des hommes qui ont tué, la veille. Alors que ses proches le recherchent dans une capitale meurtrie, B., sous le choc, décide de suivre l’assassin jusqu’à sa planque. Samedi 14 novembre est le récit du jour qui va suivre. »

L’avis de la Papote

A la fin du mois d’octobre, j’ai eu l’immense joie de conclure mon tout premier partenariat pour La papote livresque avec les Editions Sarbacane ! Afin de commencer cette belle collaboration, ils m’ont proposé de recevoir « Samedi 14 novembre » de Vincent Villeminot, un roman paru depuis le 2 novembre 2016 et qui traite d’un sujet brûlant d’actualité : les attentats terroristes de Paris, le 13 novembre 2015. Je connaissais l’auteur de renommée, notamment de par son implication dans l’écriture des fameux « U4 » parus aux éditions Syros, mais je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir sa plume. Touchée par le résumé de l’histoire, presque un an après les faits, je n’ai pas attendu très longtemps avant de m’y plonger.

B., 20 ans, rescapé des attentats terroristes ayant frappé la capitale française ce maudit vendredi 13 novembre 2015, décide de poursuivre l’un des tueurs lorsqu’il reconnaît son visage dans le métro. Complètement anéanti par la mort de son frère Pierre, nous le suivons à travers cette journée du 14 novembre dans sa quête de compréhension.

« B. marchait comme un somnambule. Il se sentait funambule, plutôt : en équilibre fragile au-dessus d’une douleur sans fond. » (p.23)

Commençons d’abord par les aspects purement techniques de l’ouvrage. Le format d’écriture est assez original puisque l’auteur a décidé de rédiger son roman selon le modèle du théâtre antique. L’histoire se déroule en cinq actes, entrecoupés d’entractes, et il propose pour chacun d’entre eux une playlist qui reflète l’ambiance de l’acte qui suit. Personnellement, j’ai joué le jeu et avant de lire un acte, j’écoutais la bande-son conseillée par Vincent Villeminot. L’expérience de lecture n’en a été que plus forte!

Ensuite, parlons du style de l’auteur. Un seul mot pourrait résumer ce que j’en ai pensé : Waouw ! Ses phrases sont courtes, précises, cinglantes, poétiques, les mots sont choisis à la perfection. Rien n’est laissé au hasard. La lecture est du coup très rythmée, très rapide, tout s’enchaîne et je me suis surprise à ne reposer le bouquin qu’après l’avoir terminé. Le vocabulaire employé est parfois cru et vulgaire, mais cela ne dénote pas avec l’ambiance et l’intrigue. Loin d’être choquée par l’utilisation de termes plus grossiers dans un ouvrage destiné aux adolescents, j’ai même trouvé que c’était indispensable dans ce contexte particulier.

Je dois dire que cette lecture m’a littéralement bouleversée. Le personnage principal, B. (dont vous ne découvrirez le prénom qu’à la moitié du bouquin environ), est vraiment bien construit. J’ai vécu intensément avec lui les différentes phases traversées après la mort de son frère : la besoin de vengeance, la peur, le désespoir d’être encore en vie, la raison, la tentative de donner un sens à tout ça et de continuer à vivre malgré tout. L’auteur exploite vraiment bien l’inversion des rôles bourreau-victime, ou rien n’est totalement blanc ni totalement noir. J’ai totalement compris le parti pris de l’auteur de ne pas se mettre dans la tête du tueur, de ne pas entendre sa parole, et de donner naissance au personnage de Layla, soeur du tueur, victime collatérale malgré elle.

Vincent Villeminot donne également la parole à d’autres personnages plus ou moins secondaires pendant les entractes, donnant ainsi une vision globale des ressentis différents selon les points de vue : entourage des victimes, témoins directs ou indirects, et même Pierre, le défunt frère.

« S’il [Pierre] n’était pas mort, peut-être aurait-il pu parler, cette nuit, avec Ninon. La rejoindre sur la place de la République, lui qui n’avait pas voulu y défiler, le 11 janvier. Que lui aurait-il dit, ce soir? A elle, debout à côté de sa bougie d’Arménie, sur cette place? Qu’il faut tenir? Qu’elle doit tenir? Que si elle tient vraiment à la vie libre, indomptable, si elle y tient autant qu’elle le dit, elle doit être prête à en mourir. Prendre ce risque – infime, statistiquement. Endosser du moins l’idée que la liberté coûte ; qu’elle vaut qu’on joue sa peau, dans un pays le plus libre possible, et moins sûr de ce fait … Ce sont des mots, ça ; des mots essentiels, mais des mots ; dont on se paie. On est intransigeant sur tout, les libertés, les droits, jusqu’à ce qu’on ait peur. Et à ce moment-là, on devient quoi… lâche? accommodant? prêt aux pires veuleries? A des états d’urgence? des complicités? Certainement, s’il n’était pas mort, Pierre aurait posé sa main sur l’épaule de Ninon. Il aurait certainement dit : « Petite sœur, il faut qu’on tienne ». » (p.123)

Samedi 14 novembre est un magnifique récit, tragique, certes, mais rempli d’espoir. Vincent Villeminot nous montre à quel point la littérature fictionnelle peut nous aider à trouver un sens aux moments les plus noirs de l’existence, et à croire en un avenir meilleur, coûte que coûte. A mettre dans les mains de tous les adolescents, jeunes adultes et adultes en quête de compréhension.  

Notation : ♥♥♥♥

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2 commentaires sur “Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

    1. Je peux comprendre, cela reste un sujet très sensible encore maintenant. Perso, j’ai trouvé que c’était vraiment le bon moment, peut être seras tu plus à l’aise dans quelques temps, il en vaut vraiment la peine 😉

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