Sonderkommando – Shlomo Venezia

Sonderkommando-dans-l-enfer-des-chambres-a-gazAuteur : Shlomo Venezia

Edition : Le livre de poche

Genre : Témoignage

Langue originale : Italien

Date de parution : 2009

Nombre de pages : 250

ISBN : 978-2-253-12891-5

Résumé

«Issu de la communauté juive italienne de Salonique, Shlomo Venezia fut déporté à l’âge de vingt et un ans à Auschwitz-Birkenau, et incorporé dans les Sonderkommandos, ces « équipes spéciales » chargées par les SS de vider les chambres à gaz et de brûler les corps des victimes, avant d’être éliminées à leur tour au bout de quelques mois. Plus d’un demi-siècle après, le témoignage d’un des rares rescapés.»

L’avis de la Papote

Premier tirage de la Bookjar des booktubeurs… Et quel tirage, je ne vous le fais pas dire. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore le principe de la Bookjar des booktubeurs (la vidéo ici), il s’agit en fait d’un ensemble de livres conseillés par les booktubeurs lorsque je leur ai posé la question suivante : quel est LE livre qui doit être lu au moins une fois dans sa vie?

J’ai donc pioché le titre conseillé par Eric things, « Sonderkommando ». Un témoignage bouleversant sur la vie dans les camps de concentration, et sur le travail immonde de ces juifs faisant partie de la brigade des Sonderkommandos. Il y a plus léger comme lecture d’été me direz-vous, et je suis bien d’accord avec vous. Mais ce livre est vraiment un indispensable. Vraiment.

La préface a été écrite par Simone Veil, notre chère et tendre disparue il y a maintenant quelques semaines. Rien qu’en lisant cette introduction, je vous mets au défi de ne pas verser une larme. Vient ensuite le témoignage à proprement parler, sous forme d’une interview. Le livre est également doté de documents inédits : dessins, plans, photos.

Ce témoignage a été rédigé à partir d’une série d’entretiens que j’ai eus avec Shlomo Venezia à Rome, aidée par l’historien Marcello Pezzetti, entre le 13 avril et le 21 mai 2006. Les entretiens, menés en italien, ont été traduits et  transcrits au plus près de la version originale et revus par Shlomo Venezia lui-même afin de ne pas altérer l’authenticité de son récit. Pour avoir été au coeur de cette machine à broyer les vies humaines, Shlomo Venezia fait partie des rares survivants à pouvoir porter le témoignage des victimes « absolues », celles noyées dans la multitudes des visages oubliés qui n’ont pas été sauvés par le hasard et l’exception. Son témoignage va au-delà de l’acte de mémoire : c’est un document historique qui apporte la lumière sur le point le plus sombre de notre histoire. (p.17)

Cette chronique est de loin la plus difficile que j’ai eu à écrire depuis le commencement du blog. Tout simplement parce que les mots ne semblent pas assez forts pour rendre hommage à ce témoignage. Rien de ce que je pourrais écrire ici ne reflétera avec exactitude ce que j’ai ressenti tout au long de cette lecture. Poignant, bouleversant, fracassant, insupportable par moments. Vous voyez, je ne parviens même pas à sélectionner les mots justes.

Il m’était impossible de lire ce livre le soir, avant de m’endormir, raison pour laquelle j’ai mis pas mal de temps à le terminer. Moi qui suis dotée d’une empathie immense et d’une grande hypersensibilité, chaque phrase, chaque mot, chaque idée évoquée me donnait la nausée. Comment diable l’être humain peut-il être à ce point violent, détestable, méprisant? Comment est-ce possible de considérer l’autre avec tant de dégoût, tant de haine? Comment le meurtre d’enfants, de mères, de pères a pu être possible à cette échelle? J’ai refermé le bouquin avec un seul mot à la bouche : INCOMPRÉHENSION.

Shlomo Venezia insiste beaucoup dans ses réponses sur le fait qu’il tente au maximum de décrire ce qu’il a vécu, ce qu’il a vu, et rien de plus. Il dément parfois certaines anecdotes ou certaines suppositions qui ont été véhiculées. Il donne des détails affolants sur le système mis en place, sur la sensation de froid et de faim extrême qui ne les quittait jamais, sur les actes méprisables des SS. J’ai été profondément marquée par un épisode en particulier. Si vous comptez lire le livre, vous penserez à moi quand vous arriverez au passage du SEUL survivant des chambres à gaz…

Naïvement, j’ai toujours pensé qu’à l’intérieur des camps, les prisonniers ne pouvaient que s’entraider, se soutenir, faire en sorte d’alléger leurs souffrances mutuelles. Après avoir lu Sonderkommando, il me paraît maintenant évident que, dans de telles conditions, la survie primait avant tout. Chacun pour soi et ses proches, pour tenter de vivre même si la mort paraissait alors plus belle.

Shlomo Venezia est décédé en septembre 2012, à Rome, à l’âge de 89 ans. Encore une des trop nombreuses voix juives éteintes.

Je remercie encore vivement Eric pour son excellent conseil de lecture.

Sonderkommando est un témoignage unique sur la période la plus tristement célèbre de l’histoire de l’humanité. A l’heure où tous ces miraculés, survivants des camps de l’enfer, disparaissent les uns après les autres, à l’heure où la tolérance et l’amour de l’autre sont bien trop souvent oubliés au profit de la haine et de la violence, Sonderkommando est et restera une lecture indispensable.

Notation : ♥♥♥♥

 

Elle vivait dans nos yeux – Sophie Blitman

couv45809440

Auteur : Sophie Blitman

Edition : Autoédition

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 201

ISBN : 978-782955961605

Résumé

« Ils sont amis et croient se connaître. A l’aube de la trentaine, ils se sont installés dans un quotidien tranquille qu’ils n’auraient jamais imaginé voir basculer si brutalement. Mais il est des secrets dont la révélation bouleverse une vie. Aveuglement, perte de repères ou résistance : comment vont-ils réagir, tiraillés entre l’envie de savoir et la peur de ce qu’ils pourraient découvrir ? « Elle vivait dans nos yeux » plonge dans l’intimité d’hommes et de femmes en proie au doute et à la désillusion. Un roman psychologique, sinueux et captivant. »

L’avis de la Papote

J’adore lire des romans auto-édités. Pourquoi? Parce qu’au-delà de la publicité et du succès que peuvent susciter certains ouvrages promus par les maisons d’édition, commencer un livre auto-édité m’invite bien souvent à ouvrir une parenthèse dans ce flot de lectures dont tout le monde parle. D’autant plus quand l’autrice vous contacte personnellement pour découvrir son travail. C’est toujours un immense plaisir, une énorme fierté et une très grande pression également. Oui, parce qu’un auteur qui a pris la décision de contourner le système de publication traditionnel attend bien souvent un véritable retour constructif sur son oeuvre, et pas forcément un coup de pub. Bon, je retrousse mes manches, et je vous en parle sans plus tarder.

Sophie Blitman est agrégée de lettres modernes et journaliste free-lance. « Elle vivait dans nos yeux » est son premier roman. Dans cette histoire, on suit le quotidien d’un groupe de cinq amis, quotidien complètement chamboulé suite à un événement tragique qui les prend de court. Sophie Blitman explore et nous propose alors de découvrir les réactions de chacun face à cet obstacle de la vie. Un roman contemporain psychologique, donc.

Au début de ma lecture, je dois vous avouer que le pari était loin d’être remporté. Il faut attendre la page 54 exactement pour que l’histoire prenne un tournant intéressant. Sur un roman d’à peine 200 pages, ça fait long. L’autrice pose les bases de la personnalité de chacun des personnages, et je comprends bien sûr que ce soit une étape indispensable dans l’écriture d’un roman psychologique. Mais j’ai ressenti un certain déséquilibre au final. J’aurais préféré que la deuxième partie du roman, la plus intéressante, soit plus longue et plus développée. L’autrice, selon moi, ne va pas au bout de sa réflexion. Peut-être dans l’optique de laisser le lecteur se faire sa propre idée de l’évolution des personnages… Le thème abordé est pourtant très intéressant (vous verrez, sans spoil aucun, que le mensonge prend une place prépondérante), mais il m’a manqué quelque chose. J’ai refermé le livre avec ce sentiment de frustration gênant, le même que j’avais ressenti en fermant « Chanson douce » de Leïla Slimani. Je vais finir par croire qu’un bon roman psychologique doit imposer une forme de liberté dans les réflexions finales du lecteur. Mouais, pas totalement convaincue.

Parlons un peu du style. Oui, parce que ça, c’est le gros point fort du roman selon moi. Sophie Blitman mériterait vraiment d’être lue, ne serait-ce que pour la beauté de son écriture. Personnellement, elle m’a complètement séduite. Très fluide, très simple, mais très poétique également.

Camille attend, elle s’applique à faire taire la petite voix lucide au fond d’elle. Mais elle sent bien que le grand A de l’amour qu’elle espérait se rapetisse à vue d’œil. Et que peut-on écrire avec des minuscules?

Un dernier mot sur le travail éditorial, parce que je trouve là aussi que le boulot mérite d’être souligné. La couverture est vraiment très belle, avec une illustration sobre et un toucher doux. La qualité de la reliure est parfaite. Aucun défaut à souligner de ce côté-là. Vous ne verrez absolument pas la différence avec un livre publié via un éditeur. Un objet livre totalement réussi donc selon moi !

Elle vivait dans nos yeux est un roman psychologique qui, malgré ses petits défauts, vous fera passer un très bon moment de lecture. Un auto-édité au style magnifique qui vaut le coup d’être découvert !

Notation : ♥♥♥♥♥

CONCOUUUUUURS !

Eh oui! Je vous fait remporter un exemplaire de ce livre (encore merci à Sophie Blitman pour sa générosité), avec un beau bonus à l’intérieur! Pour connaître les conditions de participation et tenter votre chance, rendez-vous sur la chaîne youtube La papote livresque en cliquant sur la photo ci-dessous!

Update&