La part de l’autre – Eric-Emmanuel Schmitt

La-part-de-l-autre

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt

Edition : Le livre de poche

Genre : Uchronie

Langue originale : Français

Date de parution : 2001

Nombre de pages : 503

ISBN : 978-2-253-15537-9

Résumé

« 8 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l’École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde… » »

L’avis de la Papote

J’ai assez honte de vous avouer ce qui va suivre: à part « Oscar et la dame rose » lu en sixième et que j’aimerais beaucoup relire cette année, je n’avais jamais rien lu du grand Eric-Emmanuel Schmitt avant « La part de l’autre ». Hum. D’accord, il faut un début à tout, mais quand-même, je n’en suis pas très fière.

En grande amatrice de l’Histoire, je m’intéresse énormément au XXème siècle, à la montée des nationalismes, des dictatures et des conséquences désastreuses que l’on connaît tous. Probablement pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui (#maisquefaittrumpaupouvoir), et surtout pour apprendre des erreurs passées. Ce livre me paraissait important, alors je ne l’ai pas fait traîner plus longtemps dans ma PAL.

L’auteur tente, par le biais de la fiction, d’imaginer quel aurait été le parcours d’Adolf Hitler s’il avait été admis à l’Académie des Beaux Arts de Vienne. Quel aurait été son destin? Le monde aurait-il connu l’un de ses pires cauchemars si Hitler avait pu s’épanouir pleinement en tant qu’artiste peintre?

– Adolf H. : admis.

Une vague de chaleur inonda l’adolescent. Le flux du bonheur roulait en lui, inondait ses tempes, bourdonnait à ses oreilles, lui dilatait les poumons et lui chavirait le cœur. Ce fut un long instant, plein et tendu, muscles bandés, une crampe extatique, une pure jouissance comme le premier orgasme accidentel de ses treize ans. (p.12)

Je ne sais pas pourquoi je l’ai sorti de ma pile à lire maintenant, il m’a appelé, tout simplement. Toujours est-il qu’il correspondait à 1000% à mes envies de lecture du moment: de la profondeur, de l’originalité dans la narration, une mise à l’honneur de l’art, un malaise profond de voir cet Adolf devenir le Hitler que l’on connaît tous. C’est bien simple, ce livre a absolument tout pour être un grand livre. Je n’ai pas passé mon temps à corner les pages, coller des post-it ou encore souligner les passages marquants du livre : TOUT est bon, TOUT est à souligner, à marquer, à corner.

L’un des bouleversements que ce livre m’aura apportés est qu’il m’a ouvert les yeux sur l’importance de la politique. Ne vous méprenez pas, je le sais depuis toujours, parce que j’ai eu la chance d’avoir une prof d’Histoire passionnante qui nous mettait en garde contre la nonchalance vis à vis de la politique (Madame Bouniton, si vous passez par là ^^). Mais malgré cela, j’ai toujours peiné à comprendre ce monde plein de belles paroles et de peu d’actions, de spectacle et de propagande, de discours soporifiques et j’en passe. Déjà en cours d’Histoire, je l’avais compris. Mais en lisant ce roman, en me replongeant dans la situation politique de l’Europe du XXème siècle, en en comprenant les enjeux, les accords, les trahisons à travers la littérature, j’ai eu les éclairages nécessaires pour pouvoir enfin m’y intéresser de plus près. Et ça, si ce n’est pas un bouleversement dans une vie, alors je ne sais pas ce que c’est.

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Photo : La papote livresque ©

Le message de ce roman est universel : ce ne sont pas les gènes qui déterminent un monstre. Non, Hitler n’était pas voué à devenir un être sanguinaire exceptionnellement abjecte, non, son passé n’explique pas la totalité de sa personnalité. Il n’y a pas de déterminisme : nos choix, nos interprétations des circonstances, font de nous des êtres de lumière ou d’obscurité. Hitler sommeille en chacun de nous. C’est glaçant, mais il faut se rappeler que le monde n’est pas tout noir ni tout blanc … Nous sommes tous des êtres nuancés de gris, à nous de faire les bons choix.

L’écriture de ce livre m’aura beaucoup appris. Tant qu’on ne reconnaîtra pas que le salaud et le criminel sont au fond de nous, on vivra dans un mensonge pieux. Qu’est-ce qu’un salaud? Quelqu’un qui n’a jamais tort à ses propres yeux. Qu’est-ce qu’un criminel? Quelqu’un dont les actes négligent l’existence des autres. Nécessairement, j’ai ces deux pentes en moi, je peux y glisser. […] Après l’expérience de ce livre, je suspecterai tout homme qui désigne un ennemi. (p.502 – extrait du journal de l’auteur)

Parlons un peu de ce journal tenu par l’auteur pendant la rédaction du roman et inclus dans la version de poche que je possède. Puissant. Je dirais même effrayant sur certains points : voir à quel point l’écriture de ce livre a bouleversé son quotidien pendant des mois, ça fait peur. Toutes les réflexions qu’il pose dans ce journal sont celles que le lecteur attentif et actif aura pu soulever pendant sa lecture. Très juste, passionnant, bref une belle plus-value au roman.

Et puis quelle plume! Quelle poésie! Quelle maîtrise du mot! Un écrivain que je suivrai de près désormais.

La part de l’autre fait partie de ces livres coups de poing qui vous laissent une marque indélébile. N’ayez plus peur de tenter de comprendre le monstre, c’est un acte citoyen indispensable pour ne pas glisser du côté sombre de l’humanité. Plus jamais ça. Lisez La part de l’autre

Notation : ♥♥♥♥♥

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La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

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Auteur : Grégoire Delacourt

Edition : Le livre de poche

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2012

Nombre de pages : 184

ISBN : 978-2-253-16853-9

 

Résumé

« Les femmes pressentent toujours ces choses-là. Lorsque Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, découvre qu’elle peut désormais s’offrir tout ce qu’elle veut, elle se pose la question : n’y a-t-il pas beaucoup plus à perdre? »

L’avis de la Papote

Ma passion pour la lecture est née d’une formidable rencontre, il y a de très nombreuses années. Vous savez, LA rencontre que tous les lecteurs cherchent assidûment, celle qui bouleverse une vie, qui chamboule l’existence. Enfant, j’ai rencontré Harry Potter, et la lecture ne m’a plus jamais quittée. Il y a de ces livres que l’on achète par hasard, sans trop pouvoir se l’expliquer. D’autres que l’on met dans notre Wishlist parce que tout le monde en parle et qu’ils attisent notre curiosité. Certains encore nous sont offerts par des êtres chers. Si j’ai bien appris quelque chose dans ma vie de lectrice, c’est que ces merveilleuses rencontres ne se calculent pas. Plus on la recherche, moins on est susceptible de recevoir cette claque littéraire qui nous retourne le coeur.

C’est en début de soirée, le premier jour d’un repos bien mérité, que j’ai sorti « La liste de mes envies » de ma bibliothèque. Je voulais une lecture courte, doudou, qui m’enveloppe dans un nuage de coton sans mettre mes émotions sens dessus dessous. Il avait rejoint mes étagères quelques jours plus tôt, offert à l’occasion de mon anniversaire. Je me suis posée dans le canapé, prête à mettre mon cerveau en pause. Ce soir-là eut lieu l’une des plus belles rencontres littéraires de ma vie.

Jocelyne est une femme de quarante-sept ans, mariée, deux grands enfants. Elle tient une mercerie à Arras, et partage sa passion pour les beaux tissus et les boutons sur son blog. Sa petite vie bien rangée basculera le jour où elle gagne 18 millions d’euros à la loterie. Que faire de tout cet argent? Elle commence par écrire la liste de ses besoins, de ses envies, de ses folies… et se demande si finalement, les plus belles choses de la vie ne s’achètent pas si facilement.

On se ment toujours. Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. De genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure des longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable. (p.11)

« La liste de mes envies » n’est pas une lecture doudou, feel good. Elle m’a bousculée. C’était la bonne lecture, au bon moment. C’était la rencontre que je voulais faire depuis longtemps et qui est arrivée, sans que je ne l’attende, sans que je ne la recherche volontairement. Grégoire Delacourt a dépeint une femme si différente de moi et pourtant si proche. Un personnage émouvant, fort malgré sa faiblesse apparente, heureuse malgré la banalité de sa vie. Je me suis retrouvée en elle. J’avais envie de la voir, de lui parler, de lire son blog. Une femme fictionnelle et pourtant férocement réelle.

La force du récit ne réside pas seulement dans ce personnage féminin. La plume de Grégoire Delacourt est difficile à décrire, mais elle a su me toucher en plein coeur. Il s’en dégage une douce poésie, et une cruauté brutale parfois. Des mots justes, qui résonnent en vous encore longtemps après leur lecture. Des phrases tissées avec passion, menant à un patchwork d’émotions : j’ai ri, j’ai pleuré, j’ai soupiré de désespoir, j’ai espéré, j’ai dressé la liste de mes envies.

Le coup de coeur est de mise pour ce roman. Il pose les bonnes questions, amène à une profonde réflexion sur notre vie, renverse les idées reçues. Non, gagner à la loterie n’est pas toujours un cadeau. L’argent n’est pas le but d’une vie heureuse, l’argent divise, et si vous n’en êtes pas convaincus, lisez « La liste de mes envies ».

Notation : ♥♥♥♥♥

La disparition de Stephanie Mailer – Joël Dicker

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Auteur : Joël Dicker

Edition : de Fallois

Genre : Contemporain – Thriller

Langue originale : Français

Date de parution : 2018

Nombre de pages : 635

ISBN : 979-10-321-0200-8

Résumé

« 30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’Etat de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers : le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres. L’enquête, confiée à la police d’Etat, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration. Mais vingt ans plus tard, au début de l’été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu’il s’est trompé de coupable à l’époque. Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses. Qu’est-il arrivé à Stephanie Mailer ? Qu’a-t-elle découvert ? Et surtout : que s’est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ? »

L’avis de la Papote

Ah, un nouveau Joël Dicker! Après avoir dévoré « La vérité sur l’affaire Harry Québert » et « Le livre des Baltimore », j’attendais ce nouveau roman de l’auteur Suisse avec la plus grande impatience. Si vous êtes dans le même cas que moi, vous vous êtes probablement jeté sur « La disparition de Stephanie Mailer » le jour de sa sortie, l’avez probablement lu dans la foulée, et regardé toutes les interviews de Dicker que l’on peut retrouver sur le net. Hein oui? C’est ce que moi j’ai fait, en tout cas. Je suis même allée l’écouter en conférence à la librairie Molière de Charleroi, et poireauté deux heures avec une crève à tuer un éléphant pour avoir une dédicace, certes sommaire, mais une dédicace tout de même. Alors, que vaut-il vraiment ce nouveau roman?

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Photo : La papote livresque © 

Joël Dicker plonge son lecteur au coeur d’une petite ville fictionnelle des Hamptons (eh non, Orphea n’existe pas!), un lieu paisible et presque paradisiaque si un quadruple meurtre n’avait pas fait trembler ses habitants un soir d’été en 1994. Les deux flics de l’époque ayant bouclé brillamment l’affaire, tout paraissait réglé une bonne fois pour toutes. C’était sans compter sur la curiosité d’une jeune journaliste, Stephanie Mailer, qui rouvre l’enquête de son côté. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse mystérieusement…

Seuls les gens familiers avec la région des Hamptons, dans l’Etat de New York, ont eu vent de ce qui se passa le 30 juillet 1994 à Orphea, petite ville balnéaire huppée du bord de l’océan. Ce soir-là, Orphea inaugurait son tout premier festival de théâtre, et la manifestation, de portée nationale, avait drainé un public important. […] Vers 20 heures, dans le quartier totalement déserté de Penfield, la seule trace de vie était une voiture qui sillonnait lentement les rues abandonnées. Au volant, un homme scrutait les trottoirs, avec des lueurs de panique dans le regard. Il ne s’était jamais senti aussi seul au monde. Personne pour l’aider. Il ne savait plus quoi faire. Il cherchait désespérément sa femme : elle était partie courir et n’était jamais revenue. (p.9)

J’ai fait une erreur de débutante en commençant cette lecture. J’ai absolument voulu la comparer aux deux autres ouvrages de l’auteur que j’avais dévorés et adorés. Note à moi-même : A NE PLUS FAIRE. Un conseil si vous ne l’avez pas encore commencé : partez sans a priori. Parce qu’évidemment, et je ne le dirai qu’une fois puis j’arrête avec mes comparaisons sans lieu d’être, « La disparition de Stephanie Mailer » n’atteint pas le niveau des deux autres. Voilà, c’est dit, maintenant je reprends ma casquette d’objectivité et je vous argumente le tout !

Ce que j’ai préféré dans ce roman, c’est l’originalité de la narration. Les points de vue des différents personnages (et il y en a beaucoup!) s’alternent, et dans le cadre d’une enquête policière, c’était bien joué. Pourquoi? Parce qu’un personnage a vu quelque chose qu’il pensait être insignifiant mais qui prend tout son sens à la lumière de ce qu’un autre personnage a vu, et ainsi de suite. Tout s’enchaîne, on suspecte tout le monde, chaque personnage a sa place, sauf… Dakota et sa famille. Je n’ai pas trop compris ce qu’ils faisaient là. Pour moi, ce sont les seuls personnages qui tombent un peu de nulle part, probablement pour combler un trou dans l’intrigue à un moment donné, mais je ne les trouvais pas indispensables. J’ai espéré jusqu’à la toute fin de l’histoire, mais à moins que je ne sois passée à côté de quelque chose, je ne vois pas trop leur utilité.

Evidemment, l’enquête est très bien menée. Je n’ai pas été capable de trouver le coupable, Dicker a donc bien réussi son coup. Il faut dire que la signature de l’auteur est bien présente dans ce roman : il a un don de conteur incroyable. Ne vous attendez pas à un style très construit et recherché (il y a d’ailleurs pas mal de coquilles dans le texte, argh), même si je le trouve très agréable. Par contre, l’histoire vous attrape et ne vous lâche plus!

Peut-être vous demandez-vous pourquoi ce livre n’est pas classé dans le genre POLAR ou POLICIER. C’est une excellente question, qui a d’ailleurs été posée à maintes reprises  à l’auteur dans les interviews que j’ai pu voir. Pour lui, le but de l’ouvrage était de faire parler un panel important de personnages, de dépeindre leur vie à un moment donné, de raconter leur passé et les obstacles qui ont jonché leurs parcours respectifs. Joël Dicker insiste sur la REPARATION. Il n’a pas voulu en faire un policier, parce que n’étant pas lecteur de ce genre littéraire, il n’a pas voulu trompé le lecteur. Ce livre est d’ailleurs très compliqué à catégoriser… L’enquête reste un prétexte pour une exploration de la profondeur des personnages.

Autre précision : Joël Dicker travaille sans plan d’écriture. Je répète, Joël Dicker travaille sans plan d’écriture. On a du mal à y croire quand on lit ce livre, mais c’est pourtant la vérité. On ne peut qu’applaudir l’exploit !

La disparition de Stephanie Mailer est un roman qui vous tiendra en haleine. Avec des personnages hauts en couleur, une enquête incroyablement bien ficelée, un rythme soutenu. Même si ce n’est pas le meilleur de l’auteur selon moi, cela reste un très bon roman qui m’a fait passé un chouette moment de lecture.

Notation : ♥♥♥♥