Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

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Auteur : Sylvain Tesson

Edition : Folio

Genre : Récit de voyage

Langue originale : Français

Date de parution : 2011

Nombre de pages : 304

ISBN : 978-2-07-045150-0

 

Résumé

«Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

L’avis de la Papote

Encore une fois, c’est grâce à Margaud liseuse si ce livre s’est retrouvé d’abord sur ma Wishlist avant de finir sur les planches de ma bibliothèque (sa chronique ici). Elle en vantait tant les mérites, la couverture me faisait des clins d’oeil à chaque fois que je passais devant en librairie, bref, je n’ai pas pu résister bien longtemps.

Sylvain Tesson, grand voyageur et aventurier dans l’âme, décide de passer six mois seul dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. Coupé de tous les affres de notre société consumériste, il retrouve une liberté perdue, il dispose de son temps sans pression, il pêche, il lit, il vit.

La pluie a été inventée pour que l’homme se sente heureux sous un toit. (p.219)

J’ai commencé cette lecture sur un coup de tête, après avoir passé une bien mauvaise journée, alors que j’avais déjà deux romans entamés. En plus, une intrigue qui se déroule dans un pays froid alors qu’on est en pleine saison printanière, si vous me connaissez, vous savez probablement que c’est une chose que je ne fais JA-MAIS. Mais bon, comme on dit chez moi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Un livre qui vous promet de vous évader au bord d’un lac sibérien, l’isolement, la nature, la reconquête de son être, la lecture, le feu de bois, c’est tout ce dont j’avais besoin pour recharger les batteries. Et globalement, je n’ai pas été déçue du voyage.

Nous sommes seuls responsables de la morosité de notre existence. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie paraît pâle? Changez de vie, gagnez les cabanes. (p.225)

Un petit mot d’abord sur le format particulier de l’ouvrage. L’auteur prend le parti de décrire son aventure sous forme d’un journal de voyage. Chaque jour (ou presque), le lecteur a l’immense privilège de prendre connaissance de sa vie en ermite au milieu des bois. L’agencement du quotidien, les routines qui s’installent malgré tout (observer les mésanges sur le rebord de la fenêtre, pêcher son dîner, couper le bois), la liste des livres qu’il a emportés avec lui, ses réflexions personnelles suite à ses lectures, l’observation en pleine conscience de la nature, des animaux, de la lumière du jour. Ouvrir ce livre, se plonger dans ses pages, c’est rejoindre Sylvain Tesson dans cette petite cabane en bois et s’accorder ces moments magiques hors du temps.

Sylvain Tesson, c’est également un style d’écriture bien particulier. Sa plume, je ne peux pas le nier, est incroyablement belle et poétique. Ses textes respirent la passion. Il choisit ses mots avec une précision d’orfèvre, il les enrobe avec douceur, il jongle avec les aphorismes (ce qui, d’ailleurs, a le don d’agacer de nombreux lecteurs). Pour ma part, j’ai adoré ce style riche. D’ailleurs, mon livre est rempli de post-it !

Il y a tout de même eu quelques petits points noirs dans cette lecture. Pas grand-chose me direz-vous, mais quand-même… Le premier que j’ai envie de citer, c’est le nombre incroyable de références littéraires qui m’étaient complètement inconnues. C’est pas de la faute de Sylvain, je suis d’accord avec vous, mais moi qui pense avoir un minimum de culture littéraire, eh ben je me sentais parfois complètement ignare. Pas très cool comme sensation. Vous êtes donc prévenus, vous avez plutôt intérêt à vous y connaître vachement beaucoup!

Et puis une chose, un tout petit passage dans l’entièreté du livre, a largement baissé mon niveau d’estime pour l’ouvrage. La voici :

Ce matin, Irina me fait les honneurs de sa bibliothèque. Dans de vieilles éditions de l’époque soviétique, elle possède des oeuvres de Stendhal, Walter Scott, Balzac, Pouchkine. Le livre le plus récent est le Da Vinci Code. Légère baisse de civilisation. (p.59-60)

S’il y a bien une chose que je ne peux tolérer, c’est la dévalorisation gratuite d’une oeuvre littéraire, quelle qu’elle soit. Alors certes, Dan Brown est un auteur que je chéris depuis très longtemps, mais même s’il s’agissait de Pierre-Paul-Jacques, chacun est libre de lire et d’apprécier un livre, même si celui-ci ne remporte pas un vif succès auprès des critiques littéraires, même s’il est qualifié de « roman de gare ». Et là, pour le coup, notre ami Sylvain Tesson ne s’est pas vraiment gêné. Il était même très loin d’émettre une critique négative constructive (comme j’essaie de le faire quand je vous chronique un livre que je n’ai pas aimé, parce que OUI ça arrive). Moi je dis, la lecture, c’est comme la nourriture. On ne dit pas « C’est dégueulasse », on dit juste « Je n’aime pas ». Légère baisse de civilisation, non mais Oh?!

Cela étant dit, je ne peux enlever la beauté de l’aventure à laquelle il nous fait participer. J’ai adoré suivre le cours de la nature, qui sort doucement de son manteau d’hiver pour s’éveiller au printemps. Je voyais les couleurs vives, je ressentais le froid polaire et la chaleur du feu de bois, je sentais les odeurs de poisson grillé, je m’émerveillais devant la bonté des chiens. Vous l’aurez compris, lire du Sylvain Tesson, c’est vivre une très belle aventure.

A tous les amoureux de la nature, à tous ceux qui ressentent le besoin de s’isoler de la société, de mettre la pression et le stress au fond d’un tiroir, de vivre une aventure exceptionnelle au cœur d’une nature sauvage, ouvrez « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson et laissez-vous emporter par la beauté de l’écriture. 

Notation : ♥♥♥♥♥