Dans une coque de noix – Ian McEwan

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Auteur : Ian McEwan

Edition : Gallimard

Genre : Contemporain

Langue originale : Anglais

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 212

ISBN : 978-2-07-269680-0

Résumé

«À l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J’entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j’apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours ! Je dois les en empêcher. » Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre du XXIe siècle? Après L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan n’en finit pas de surprendre et compose ici, dans un bref roman à l’intensité remarquable, une brillante réécriture d’Hamlet in utero.»

L’avis de la Papote

Lorsque François Busnel a présenté ce livre dans une émission « La grande librairie », j’ai tout de suite été séduite par l’intrigue hyper originale. Un foetus qui raconte ce qu’il entend autour de lui et qui veut empêcher le meurtre de son père? Avouez que c’est quand-même vachement accrocheur comme idée! Et puis François Busnel a l’art de me faire craquer pour beaucoup d’ouvrages. Sa manière de les présenter, de mener le débat avec les auteurs qui parlent de leur livre, ça le fait complètement pour moi. Je craque (beaucoup) trop souvent. Dans une coque de noix de Ian McEwan n’a d’ailleurs pas traîné trop longtemps dans ma PAL, à peine quelques semaines et je commençais ma lecture, impatiente de découvrir la plume de l’auteur.

Me voici donc, la tête en bas dans une femme. Les bras patiemment croisés, attendant, attendant et me demandant à l’intérieur de qui je suis, dans quoi je suis embarqué. (p.13)

Mon sentiment fut très partagé en refermant ce livre. L’ambiance était loin d’être celle que j’imaginais. Avec un meurtre en préparation, je m’attendais à un beau suspense, un page turner de malade, un rythme de lecture effréné. Eh ben non. Rien de tout ça finalement. Certaines scènes sont un peu malsaines et manquent de cohérence à mon goût. Exemple: Trudy, la jolie maman blonde, qui boit de l’alcool enceinte et qui vit dans une maison délabrée pleine de détritus, écoute des conférences podcastées sur l’état du monde et des livres audio d’accomplissement personnel. Mouais, ça me paraît un peu louche tout ça.

Ce foetus qui réfléchit, c’est plutôt perturbant au premier abord. Ma grossesse avait pris fin depuis quelques mois déjà, et j’avais beaucoup de peine à imaginer un petit être doté d’une raison incroyablement construite. On est d’accord, là n’est pas la question de démontrer qu’un foetus pense et peut avoir des réflexions poussées sur le monde qu’il perçoit au travers de la paroi utérine, mais tout de même, le côté cartésien de mon esprit avait du mal à lâcher prise.

Ce sont ces réflexions justement qui m’ont dérangée pendant la lecture. L’auteur n’hésite pas, à de très (trop) nombreuses reprises, à donner des points de vue personnels (ou pas d’ailleurs) à travers ce foetus qui cassent complètement le rythme de l’intrigue, selon moi. Petit à petit, on en apprend plus, et puis PAF une réflexion sur l’écologie par-ci, une réflexion sur le terrorisme par-là, et me voilà perdue dans les méandres d’une pensée qui ne m’intéresse pas plus que ça finalement. Je veux juste savoir si l’oncle va tuer le père, pas à quel rythme fondent les glaciers d’après le podcast qu’a écouté la mère la veille. Pigé?

Quant à l’espoir : j’ai entendu beaucoup de choses sur les récents massacres au nom d’une vie rêvée dans l’au-delà. Chaos dans ce monde, béatitude dans le suivant. Des jeunes gens avec une barbe toute neuve, une peau magnifique et des armes de guerre sur le boulevard Voltaire, qui regardaient droit dans les yeux magnifiques, incrédules, d’autres jeunes de la même génération. Ce n’est pas la haine qui a tué les innocents, mais la foi, ce fantôme insatiable encore vénéré, même dans les quartiers les plus paisibles. (p.174)

Je ne peux pas remettre en question la profondeur de ces réflexions, bien au contraire, mais je ne m’attendais pas à en trouver autant. La beauté de l’écriture, le choix des mots, les tournures de phrases sont évidemment à souligner. Le style de Ian McEwan est magnifique, j’en conviens. Je suis ravie d’avoir pu découvrir sa plume (traduite mais bon ça compte quand-même), même si ce livre est un peu l’ovni de ma bibliothèque.

Pour finir, je ne peux rien vous dire concernant l’aspect réécriture d’Hamlet de William Shakespeare, tout simplement parce que je n’ai jamais lu Hamlet. Je ne sais pas du tout à quel point l’histoire de Ian McEwan lui est fidèle, et je ne peux que vous encourager à commenter cet article si vous avez la possibilité d’en faire une comparaison, cela m’intéresse évidemment beaucoup!

Pour celles et ceux qui apprécient la plume d’Ian McEwan, vous serez ravis d’ajouter Dans une coque de noix à votre palmarès. Malgré l’intrigue originale laissant planer une atmosphère pleine de suspense et de rebondissement, il n’en est rien… Une belle lecture, mais j’en attendais probablement de trop.

Notation : ♥♥♥♥♥

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Elle vivait dans nos yeux – Sophie Blitman

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Auteur : Sophie Blitman

Edition : Autoédition

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 201

ISBN : 978-782955961605

Résumé

« Ils sont amis et croient se connaître. A l’aube de la trentaine, ils se sont installés dans un quotidien tranquille qu’ils n’auraient jamais imaginé voir basculer si brutalement. Mais il est des secrets dont la révélation bouleverse une vie. Aveuglement, perte de repères ou résistance : comment vont-ils réagir, tiraillés entre l’envie de savoir et la peur de ce qu’ils pourraient découvrir ? « Elle vivait dans nos yeux » plonge dans l’intimité d’hommes et de femmes en proie au doute et à la désillusion. Un roman psychologique, sinueux et captivant. »

L’avis de la Papote

J’adore lire des romans auto-édités. Pourquoi? Parce qu’au-delà de la publicité et du succès que peuvent susciter certains ouvrages promus par les maisons d’édition, commencer un livre auto-édité m’invite bien souvent à ouvrir une parenthèse dans ce flot de lectures dont tout le monde parle. D’autant plus quand l’autrice vous contacte personnellement pour découvrir son travail. C’est toujours un immense plaisir, une énorme fierté et une très grande pression également. Oui, parce qu’un auteur qui a pris la décision de contourner le système de publication traditionnel attend bien souvent un véritable retour constructif sur son oeuvre, et pas forcément un coup de pub. Bon, je retrousse mes manches, et je vous en parle sans plus tarder.

Sophie Blitman est agrégée de lettres modernes et journaliste free-lance. « Elle vivait dans nos yeux » est son premier roman. Dans cette histoire, on suit le quotidien d’un groupe de cinq amis, quotidien complètement chamboulé suite à un événement tragique qui les prend de court. Sophie Blitman explore et nous propose alors de découvrir les réactions de chacun face à cet obstacle de la vie. Un roman contemporain psychologique, donc.

Au début de ma lecture, je dois vous avouer que le pari était loin d’être remporté. Il faut attendre la page 54 exactement pour que l’histoire prenne un tournant intéressant. Sur un roman d’à peine 200 pages, ça fait long. L’autrice pose les bases de la personnalité de chacun des personnages, et je comprends bien sûr que ce soit une étape indispensable dans l’écriture d’un roman psychologique. Mais j’ai ressenti un certain déséquilibre au final. J’aurais préféré que la deuxième partie du roman, la plus intéressante, soit plus longue et plus développée. L’autrice, selon moi, ne va pas au bout de sa réflexion. Peut-être dans l’optique de laisser le lecteur se faire sa propre idée de l’évolution des personnages… Le thème abordé est pourtant très intéressant (vous verrez, sans spoil aucun, que le mensonge prend une place prépondérante), mais il m’a manqué quelque chose. J’ai refermé le livre avec ce sentiment de frustration gênant, le même que j’avais ressenti en fermant « Chanson douce » de Leïla Slimani. Je vais finir par croire qu’un bon roman psychologique doit imposer une forme de liberté dans les réflexions finales du lecteur. Mouais, pas totalement convaincue.

Parlons un peu du style. Oui, parce que ça, c’est le gros point fort du roman selon moi. Sophie Blitman mériterait vraiment d’être lue, ne serait-ce que pour la beauté de son écriture. Personnellement, elle m’a complètement séduite. Très fluide, très simple, mais très poétique également.

Camille attend, elle s’applique à faire taire la petite voix lucide au fond d’elle. Mais elle sent bien que le grand A de l’amour qu’elle espérait se rapetisse à vue d’œil. Et que peut-on écrire avec des minuscules?

Un dernier mot sur le travail éditorial, parce que je trouve là aussi que le boulot mérite d’être souligné. La couverture est vraiment très belle, avec une illustration sobre et un toucher doux. La qualité de la reliure est parfaite. Aucun défaut à souligner de ce côté-là. Vous ne verrez absolument pas la différence avec un livre publié via un éditeur. Un objet livre totalement réussi donc selon moi !

Elle vivait dans nos yeux est un roman psychologique qui, malgré ses petits défauts, vous fera passer un très bon moment de lecture. Un auto-édité au style magnifique qui vaut le coup d’être découvert !

Notation : ♥♥♥♥♥

CONCOUUUUUURS !

Eh oui! Je vous fait remporter un exemplaire de ce livre (encore merci à Sophie Blitman pour sa générosité), avec un beau bonus à l’intérieur! Pour connaître les conditions de participation et tenter votre chance, rendez-vous sur la chaîne youtube La papote livresque en cliquant sur la photo ci-dessous!

Update&

Quand souffle le vent du nord – Daniel Glattauer

Auteur : Daniel Glattauercouv22324997

Lecteurs : J.-M. Delhausse – N. Hugo

Edition : Audiolib (paru chez Grasset)

Genre : Contemporain Epistolaire

Langue originale : Allemand

Date de parution : 2010

Heures d’écoute : 5 heures 26 minutes

EAN : 9782356412300

Tome 2 : La septième vague

Résumé

«Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ? Leo Leike reçoit par erreur un courriel d’une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s’excuse et, peu à peu, un dialogue s’engage, une relation se noue. Au fil des courriels, ils éprouvent l’un pour l’autre un intérêt grandissant.
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d’un chagrin d’amour. De plus en plus attirés l’un par l’autre, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre.»

L’avis de la Papote

« Quand souffle le vent du nord » est ma deuxième expérience d’écoute de livre. J’avais tellement adoré écouter « Le tailleur de pierre » de Camilla Läckberg que je n’ai pas traîné à commencer un nouveau livre audio. Cette petite romance contemporaine épistolaire me paraissait parfaite pour agrémenter mes trajets en voiture.

L’histoire, relativement peu originale, est la suivante : Emmi décide un jour de mettre fin à son abonnement périodique à un journal. Dans l’envoi du mail, elle se trompe de destinataire. Le message parvient dans la boîte de Leo Leike. S’ensuit une correspondance, un dialogue, le début d’une relation particulière où la vision de l’autre n’est que fantasme et imagination. Schéma classique d’une romance épistolaire moderne.

Cette deuxième expérience en livre audio ne fut pas aussi agréable et riche que la première. D’abord, je dois vous signaler que les romances et moi, ça fait dix. Ce n’est pas du tout mon genre de prédilection et je me dirige très rarement vers ce type d’intrigue. Mais je pense que la raison principale à mon sentiment négatif par rapport à cette écoute découle du format : un échange de mail doit se lire, non pas s’écouter. Entendre mille fois « 30 minutes plus tard. Objet : pas d’objet. Cher Leo… », je vous avoue que mes nerfs ne l’ont pas supporté très longtemps. J’ai trouvé le rythme monotone, ennuyant, écrasant, lourd. Heureusement, ce qui m’a permis de continuer l’écoute, c’est le fait que deux lecteurs différents vous racontent cette histoire : un homme et une femme. Malgré le format répétitif, cela ajoutait une dynamique non négligeable au récit.

Autre petit point noir : le personnage de Emmi est juste im-bu-va-ble. Pour moi en tout cas. Je n’ai pas du tout accroché avec ce personnage. J’ai levé les yeux au ciel plus d’une fois tant ses réactions m’incommodaient. Très indécise, un comportement de pré-adolescente dans certaines situations, inintéressante, bref, vous l’aurez compris, c’était pas ma grande copine.

Et finalement, j’ai ressenti une très grande frustration totalement liée au format épistolaire : à aucun moment vous n’accédez aux pensées véritables des personnages. C’est comme si vous tombiez par hasard sur cet échange de mail, mais sans narrateur omniscient, on n’en sait pas plus. Frustration. Frustration. Frustration.

Cela étant dit, ce ne fut pas un flop total puisque je lui ai tout de même accordé une note de 3/5. Malgré ma réticence tout au long de l’écoute, j’ai tenu bon jusqu’au bout. Et vous me trouverez certainement paradoxale, mais la fin m’a donné envie de lire le tome suivant (oui oui, il y un second tome!), « La septième vague ». Cliffhanger. Que voulez-vous, je suis faible face aux fins ouvertes, je dois savoir ! Il n’existe pas au format audio, mais je n’aurai de toute façon pas réitéré l’expérience. Par contre, j’irai probablement le louer en bibliothèque, hors de question de l’acheter neuf!

Quand souffle le vent du nord est une romance épistolaire au schéma classique. Si vous aimez les romances (et surtout le format épistolaire si particulier), n’hésitez pas à lire ce livre, vous serez probablement dans votre zone de confort. Je ne le conseille toutefois pas au format audio, qui écrase le rythme de l’histoire. 

Notation : ♥♥♥♥♥

Chanson douce – Leïla Slimani 

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Auteur : Leïla Slimani

Edition : Gallimard

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 277

ISBN : 978-2-07-019667-8

 

Résumé

«Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.»

L’avis de la Papote

J’ai découvert Leïla Slimani lors de son passage à l’émission « La grande librairie ». La description qu’elle avait faite de son deuxième roman « Chanson douce » m’avait complètement hypnotisée. Le thème, très fort et très dur, ne m’avait pas laissée de marbre. L’histoire d’une nounou meurtrière, sous ses faux airs angéliques, me touchait d’autant plus que ma fille venait de naître. Puis, quand j’ai su que ce roman avait remporté le prix Goncourt 2016, je n’ai plus hésité une seule seconde. J’étais bien trop curieuse de voir à quoi ressemblait le style d’une lauréate de ce prix tant convoité!

J’ai attendu le moment fatidique de la reprise du travail et de l’inévitable recours à la nounou pour commencer ma lecture. Sadique, moi? Pas du tout, je voulais surtout être dans le même état d’esprit que les personnages du roman. Et puis, ma nounou, je la connais depuis bien longtemps, et j’ai une confiance infaillible en son excellente santé mentale !

Aucun suspense dans ce livre : nous savons dès les premières lignes qu’un drame indescriptible vient de s’abattre sur la famille de Paul et Myriam : leurs enfants viennent d’être assassinés par leur nounou. Autant vous dire qu’il faut avoir son petit cœur de jeune maman bien accroché.

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. » (p.13)

Le reste de l’intrigue se concentre sur le quotidien de Louise avec Mila et Adam. C’est là tout l’intérêt de ce roman : un travail poussé sur la psychologie du personnage de la nounou, et une seule question qui nous tambourine le cerveau tout au long de notre lecture : « Mais comment diable ces parents ont-ils pu se tromper sur cette atroce bonne femme? ». Eh bien vous verrez, si le cœur vous en dit de découvrir ce roman, que tous autant que nous sommes aurions pu commettre cette erreur. Louise est juste parfaite. Elle s’occupe à merveille des enfants, fait le ménage et cuisine même pour la famille entière. C’est bien simple, Myriam et Paul ne peuvent plus s’en passer, et Louise ne peut plus se passer d’eux. Et c’est bien là tout le problème…

Cette lecture vous prend aux tripes, littéralement. Le style de l’auteure est incisif, coupant, direct. C’est d’ailleurs très surprenant au départ, mais cela colle tellement avec la lourdeur de l’histoire qu’on se laisse emporter par ces phrases courtes qui rythment à merveille le récit. Jusqu’au bout, on veut savoir POURQUOI.

« Elle adore pourtant ces deux enfants qu’elle passe des heures à observer. Elle en pleurerait, de ce regard qu’ils lui lancent parfois, cherchant son approbation ou son aide. Elle aime surtout la façon qu’a Adam de se retourner, pour la prendre à témoin de ses progrès, de ses joies, pour lui signifier que dans tous ses gestes, il y a quelque chose qui lui est destiné, à elle et à elle seule. Elle voudrait, jusqu’à l’ivresse, se nourrir de leur innocence, de leur enthousiasme. Elle voudrait voir avec leurs yeux quand ils regardent quelque chose pour la première fois, quand ils comprennent la logique d’une mécanique, qu’ils en espèrent l’infinie répétition sans jamais penser, à l’avance, à la lassitude qui viendra. » (p.211)

J’émets quand-même quelques petites réserves par rapport à certains éléments qui, selon moi, auraient dû faire partie de l’histoire et sont (à mon avis volontairement) omis. Quid de la réaction des parents face à ce drame? De la culpabilité ? Des remords ? De la descente aux enfers ? De la véritable explication du double meurtre ? Je pense que Leïla Slimani laisse les portes ouvertes à ses lecteurs, à nous de pousser la réflexion plus loin pour obtenir ces réponses. Il n’empêche que, moi, ça me laisse un peu sur ma faim…

Chanson douce est un roman à la construction originale, à l’intrigue douloureuse, poignante et au style percutant qui restera longtemps dans un coin de votre tête, une fois la lecture terminée. Une petite claque littéraire. Un prix Goncourt mérité, haut la main.  

Notation : ♥♥♥♥

George – Alex Gino

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Auteur : Alex Gino

Edition : L’école des Loisirs

Genre : Contemporain Jeunesse

Langue originale : Anglais

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 172

ISBN : 978-0545812542

 

Résumé

« Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, elle pense qu’il deviendra « un jeune homme très bien ». Scott aime beaucoup son « frérot ». Et Kelly le tient pour son « meilleur ami ». Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car, George en a la certitude, elle est une fille. Alors, quand sa maîtresse propose de jouer une pièce de théâtre à l’école, George veut plus que tout interpréter le personnage de Charlotte. Elle sera parfaite, et les gens comprendront enfin qui elle est. Comment leur faire comprendre que c’est le rôle de sa vie ? »

L’avis de la Papote

Ce roman est de loin le plus original que j’ai eu l’occasion de lire depuis un certain temps. Je n’ai jamais rencontré d’autres livres destinés à la jeunesse traitant du sujet abordé dans ce bouquin. Le transgenre destiné aux enfants. Paf. Bim. Boum. Une thématique forte, engagée, peut-être un peu taboue encore à l’heure d’aujourd’hui. C’est sur le blog de Pikobooks (ici) que j’ai pu découvrir ce roman, et je me suis empressée de l’acheter lors de mon passage en librairie.

George est un garçon, mais son ressenti en est tout autre. Il est persuadé, au fond de lui, qu’il est une fille. Son nom secret ? Mélissa. Elle aime les magazines féminins, les jolis vêtements, elle rejette l’image masculine que son miroir lui renvoie. Son entourage voit en elle un petit garçon modèle, comme les autres. Si seulement ils pouvaient la comprendre…

« Elle faillit trébucher en entrant et appela : « Hello ? » Aucune lumière n’était allumée. Elle voulait tout de même s’assurer que la maison était vide. La porte de la chambre de maman était ouverte et les draps bien lisses. La chambre de Scott était également inoccupée. Certaine d’être seule, George se rendit dans la troisième chambre, ouvrit la porte du placard et inspecta la pile d’animaux en peluche et les autres jouets qui étaient à l’intérieur. Tout était en ordre. Maman reprochait à George de ne plus s’amuser avec ses jouets depuis des années et disait qu’il faudrait en faire cadeau à des familles dans le besoin. Mais, pour George, ils étaient nécessaires, ils étaient les gardiens de sa collection secrète, celle à laquelle elle tenait plus que tout. Elle fouilla sous les ours et les lapins en peluche, à la recherche d’un sac plat en jean. Dès qu’elle l’eut en main, elle courut dans la salle de bains et ferma la porte au verrou. Elle se laissa glisser sur le sol en serrant fortement le sac dans ses bras. Quand elle renversa le sac en jean sur le côté, les pages soyeuses et glacées d’une douzaine de magazines tombèrent sur le carrelage. » (p.9-10)

Comme vous pouvez déjà le remarquer dans l’extrait ci-dessus, l’auteur emploie le pronom personnel « ELLE » pour désigner George tout au long de l’histoire, une belle façon d’insister sur sa véritable identité. Le style est évidemment assez simple puisque le livre est destiné à de très jeunes lecteurs, mais tout est cohérent et mignon finalement, avec une naïveté enfantine touchante. Le rythme est très bon, de courts chapitres, ce qui en fait une lecture rapide et très appréciable.

George est un personnage extrêmement attachant. Je pense sincèrement que les petits lecteurs seront très empathiques envers elle. Les situations auxquelles elle est confrontée m’ont tellement touchées, je ressentais son mal-être, son envie de crier au monde entier qui elle était vraiment, je percevais l’importance pour elle d’être qui elle voulait être.

« – Ce que je veux dire, c’est qu’il faut avoir certaines qualités pour pleurer sur un livre. Ça prouve qu’on a de la compassion et de l’imagination. (Elle tapota l’épaule de George.) Reste comme tu es, George, et je suis sûre que tu deviendras un jeune homme très bien. » Le mot « homme » tomba comme une pierre sur le crâne de George. C’était cent fois pire que « garçon », et elle en eut le souffle coupé. Elle se mordit la lèvre et sentit de nouvelles larmes couler le long de ses joues. Elle posa la tête sur son pupitre et regretta de ne pas être invisible. » (p.21)

Les réactions de son entourage face à certaines révélations sont parfois étonnantes. L’institutrice qui reste sur des préjugés ridicules (« un garçon ne peut pas jouer le rôle d’une fille dans une pièce de théâtre, même si le jeu d’acteur est très bon ») ou encore la maman qui refuse d’admettre la vérité. Je ne doute pas que le choc soit important pour une maman de savoir son petit garçon malheureux, de connaître les obstacles qui entraveront sa route, les moments difficiles qui l’attendent, mais avant tout, n’est-ce pas d’un soutien infaillible dont George a réellement besoin ? La réaction des camarades de classe sont tout en nuance, avec d’une part des critiques cruelles sur la personnalité de George, mais aussi une compréhension et une compassion incroyables, qui lui apportent un élan de bien-être et de confiance en l’avenir. Quant à Scott, le grand frère, il réagit de manière tout à fait inattendue.

J’ai adoré cette lecture, elle m’a enrichi à tant de niveaux que je ne peux que vous conseiller de faire la connaissance de George !

George est un ouvrage touchant à mettre entre toutes les mains possibles. Les enfants, les parents, les instituteurs et autres professionnels de l’enfance ne pourront que bénéficier d’une telle lecture qui ouvre les modes de pensées et renforce l’empathie, le respect et la compréhension de l’autre dans sa volonté d’être soi.

Notation : ♥♥♥♥

Tu seras notre enfant – Charity Norman

9782266242844

Auteur : Charity Norman

Edition : Pocket

Genre : Contemporain

Langue originale : Anglais

Date de parution : 2011

Nombre de pages : 445

ISBN : 978-2-266-24284-4

Résumé

«Cette bonne nouvelle, Leïla et David l’attendaient depuis trois ans. Très bientôt, un bébé leur sera confié : une petite fille, Grace. Elle va combler leur désir le plus cher, celui de fonder un foyer. Mais c’est sans compter sur la famille biologique de Grace, les Harrison. Bien décidés à faire valoir leurs droits, ce clan aux personnages hauts en couleur va se lancer dans une quête éperdue. Avec, à la clé, une décision, forcément déchirante…»

L’avis de la Papote

« Tu seras notre enfant » est le premier ouvrage que je lis depuis le lancement du livre mystère sur le blog. Pour rappel, je me suis mise au défi de lire de temps à autre un livre dont je ne connais ni l’auteur, ni l’intrigue, ni la popularité. J’étais super excitée à l’idée de me plonger dans un livre complètement inconnu, sans savoir ce que j’allais y trouver. Je m’étais prêtée à l’exercice de la supposition préalable juste sur base du titre et de la couverture, et voici ce que j’attendais de cette lecture :

Selon moi, il doit s’agir d’un roman historique se déroulant dans une Amérique des années 1950. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’il va être question de ségrégation raciale, et également d’espoir. J’imagine une famille noire au parcours difficile. J’imagine des injustices, peut-être un peu de violence. Mais avant tout, je pense que ce livre parlera de la puissance de l’amour maternel.

Autant vous dire que j’étais complètement à côté de la plaque ! L’histoire est contemporaine et se déroule en Angleterre, bien loin de l’Amérique des années 1950. Il n’est absolument pas question de ségrégation raciale dans ce bouquin… Par contre, je ne me suis pas trompée sur l’importance de l’amour d’une mère, d’un père à son enfant. Mais bon, vu le titre, je n’ai pas vraiment de mérite !

Nous suivons l’histoire de deux familles distinctes et nous découvrons au fil du roman à quel point leurs destins sont liés. Au milieu de ces deux univers que tout semble opposer, une petite fille, Grace, née d’une jeune fille complètement perdue et vouée à l’adoption le jour même de sa naissance, alors que sa mère meurt dans un accident de voiture après avoir fuit la maternité (n’ayez crainte, je ne vous spoile rien du tout, c’est dans les dix premières pages du roman). En tant que lecteurs, nous devenons les témoins du combat mené sur les deux fronts dans le processus d’adoption : d’une part, le père biologique, très jeune, qui craint de ne pouvoir s’occuper de sa fille malgré l’amour inconditionnel qu’il ressent à son égard. D’autre part, un couple dans une trentaine bien avancée qui ne peut concevoir d’enfant et qui attend depuis de nombreuses années qu’une adoption leur soit enfin accordée.

« Grace Serenity avait eu une première mère. Une mère qui l’avait mise au monde dans un grand hôpital gris. Elle s’appelait Cherie King et elle avait seize ans. Mais son père n’avait pas arpenté la salle d’accouchement. Ses grands-parents n’avaient pas attendu fébrilement de déboucher le champagne près du téléphone. On ne lui avait tricoté ni brassières, ni chaussons. Les sages-femmes mises à part, une seule personne avait assisté à sa naissance, et encore, par hasard : Imogen Christie, son assistante sociale. » (p.9)

J’ai vraiment passé un agréable moment de lecture avec ce livre. Je suis tombée sous le charme du style narratif choisi par l’auteur, une narration omnisciente alternée avec une narration interne. De quoi accrocher l’attention du lecteur tout en donnant suffisamment d’informations sur l’ensemble des personnages de l’histoire. Parce que des personnages, il y en a un sacré paquet dans ce roman ! Malgré tout, on ne s’y perd pas une seconde.

De nombreuses situations ont résonné en moi en tant que jeune maman. La description de la scène de l’accouchement m’a ravivé des souvenirs on ne peut plus intenses qui ont fait battre mon cœur à 100 km/h. Je le sais depuis maintenant trois mois, l’amour que l’on porte à son enfant est incommensurable et inconditionnel. J’ai pris conscience que les liens de sang ne sont pas une finalité en soi, et que cet amour est tout aussi fort et intense envers un enfant adopté. Ce petit être est le prolongement de nous-mêmes, qu’il soit de notre propre chair ou non. Le combat mené par ces deux familles pour cet enfant, je sais que je le mènerai chaque jour, chaque minute, chaque seconde de ma vie pour ma fille.

Il m’est arrivé de pleurer à plusieurs reprises, de paniquer avec les personnages quand la tournure des événements devenait incertaine, d’espérer avec ces deux familles pour que chacune y trouve son compte, alors que le bonheur de l’une sera nécessairement le malheur de l’autre. Je n’en demande pas beaucoup plus à un bouquin pour qu’il me plaise!

« Tu seras notre enfant » fera chavirer le coeur des parents ou des presque-parents par la force du thème principalement abordé. Un véritable ode à l’amour !

Notation : ♥♥♥♥

Muchachas 1 – Katherine Pancol

muchachasAuteur : Katherine Pancol

Edition : Albin Michel

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2014

Nombre de pages : 417

ISBN : 978-2-226-25444-3

Tome 2 : Muchachas 2

Résumé

« Les filles sont partout dans ce roman. Elles mènent la danse. De New York à Paris, de la Bourgogne à Londres ou à Miami. Des filles qui inventent, s’enflamment, aiment. Des filles qui se battent pour la vie. Et les hommes ? Ils sont là aussi. Mais ce sont les muchachas qui dansent, dansent, dansent. Elles font voler les destins en éclats. Et ça n’en finit pas ! »

L’avis de la Papote

J’adore Katherine Pancol. J’ai lu sa première trilogie il y a quelques années maintenant (« Les yeux jaunes des crocodiles » – « La valse lente des tortues » – « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi ») et je m’étais terriblement attachée aux personnages et à leur histoire. Une belle littérature contemporaine et une écriture simple qui m’avait séduite. Lorsque cette deuxième trilogie est sortie en 2014, je me suis ruée sur les deux premiers tomes que j’ai lus dans la foulée, mais je n’ai jamais lu le tome 3. Et comme l’histoire n’était plus très fraîche dans ma mémoire, j’ai préféré recommencer du début. Il s’agit donc d’une relecture pour le coup!

Je me souviens avoir été surprise de retrouver les personnages de la première trilogie dans Muchachas. Pour celles et ceux qui les reconnaîtront, on commence notre lecture en retrouvant Hortense, la fille de Joséphine Cortès, déterminée et sûre d’elle, ainsi que son compagnon Gary, musicien prodige. Puis l’auteur nous parle de Joséphine et de son amour Philippe, ainsi que de Zoé, la fille cadette de Joséphine. Enfin, Katherine Pancol nous introduit de nouveaux personnages, Léonie et sa fille Stella ainsi que leur famille assez… compliquée. Certains diront qu’il n’est pas indispensable de lire la première trilogie de l’auteur pour comprendre la saga Muchachas. Personnellement, je vous déconseille de la commencer sans avoir fait connaissance au préalable avec la famille Cortès, certains détails pourraient vous échapper.

« (Hortense) – Tous habillés de marron, de gris, de noir. Pas de boutons rouges ni d’écharpe verte ! Des chaises, je te dis, des chaises. Une armée de chaises qui attendent en tremblant le postérieur du patron. Tu veux que je te dise, Gary? Ces gens portent le deuil. Ces gens n’ont plus d’espoir. Ils marchent dans la rue parce qu’on leur a dit de se lever tôt, de prendre le train ou le métro, de se rendre à leur bureau, de hocher la tête devant le bellâtre pommadé qui leur sert de maître. Je refuse d’être une chaise! » (p.12)

Puisque le résumé ne nous donne pas d’information claire sur l’intrigue de l’histoire, je m’y suis plongée les yeux fermés, sans savoir à quoi m’attendre. Certes, ce premier tome met en avant des femmes au caractère souvent bien trempé, qui prennent leur destin en main et qui survivent à des situations pas toujours simples. Au risque de vous spoiler quelque peu, je tiens à vous avertir que les thèmes abordés dans ce roman sont très durs : violence conjugale, abus moraux et physiques, viol, secrets de famille, manipulation. Oui, oui, tout ça.

« Stella promenait ses doigts sur le bras de sa mère. Elle caressait les bleus qui noircissaient sa peau comme pour réparer sa chair tuméfiée. Elle avait envie de demander pourquoi on appelle ça des bleus alors que c’est jaune, violet, rouge et noir? Mais elle n’osait pas. Elle pensait juste qu’en la caressant la peau repousserait rose et lisse. Il y avait tellement de choses qu’elle ne comprenait pas. Tellement de choses dont elle ne pouvait parler à personne. La honte remplissait chaque mot qu’elle avait dans la bouche. » (p.87)

J’ai beaucoup apprécié retrouver ces personnages auxquels je m’étais tant attachée dans la première saga de l’auteur. En ce qui concerne cette nouvelle famille (très) dysfonctionnelle, mes sentiments sont plus mitigés. Entre cette mère, Léonie, qui se laisse tabasser et qui ne fait strictement RIEN pour s’en sortir, ce mari violent, Ray, au passé difficile qui m’a complètement dégoûté et cette fille, Stella, qui pardonne à sa mère des choses qui me paraissent impardonnables, j’ai eu beaucoup de mal à les apprécier autant que les autres. Logique, me direz-vous.

Même si on se perd un peu au début dans le caractère désorganisé du roman (on parle de Joséphine, puis on parle de Hortense, puis on revient à Stella…) et qu’on ne comprend pas trop le lien entre la famille Cortès et la nouvelle famille, Katherine Pancol nous dévoile à la toute fin de l’histoire comment les destins de toutes ces personnes sont liés. Et ça, j’ai a-do-ré ! J’ai tellement hâte de lire la suite pour en savoir davantage, vous n’avez pas idée ! De plus, la dernière phrase nous laisse sur un suspense de OUF, impossible pour moi de ne pas continuer cette saga là maintenant tout de suite. Ça ne m’arrive pas souvent, mais je pense enchaîner les trois tomes les uns après les autres. Je reconnais bien là Katherine Pancol !

Muchachas est une saga familiale riche et intense, qui aborde des thèmes difficiles et controversés. Avec son écriture simple mais efficace, Katherine Pancol nous emmène au cœur de la vie de ces femmes au destin entremêlé. Un premier tome fort qui laisse présager une suite très intéressante !

Notation : ♥♥♥♥