Dans une coque de noix – Ian McEwan

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Auteur : Ian McEwan

Edition : Gallimard

Genre : Contemporain

Langue originale : Anglais

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 212

ISBN : 978-2-07-269680-0

Résumé

«À l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J’entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j’apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours ! Je dois les en empêcher. » Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre du XXIe siècle? Après L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan n’en finit pas de surprendre et compose ici, dans un bref roman à l’intensité remarquable, une brillante réécriture d’Hamlet in utero.»

L’avis de la Papote

Lorsque François Busnel a présenté ce livre dans une émission « La grande librairie », j’ai tout de suite été séduite par l’intrigue hyper originale. Un foetus qui raconte ce qu’il entend autour de lui et qui veut empêcher le meurtre de son père? Avouez que c’est quand-même vachement accrocheur comme idée! Et puis François Busnel a l’art de me faire craquer pour beaucoup d’ouvrages. Sa manière de les présenter, de mener le débat avec les auteurs qui parlent de leur livre, ça le fait complètement pour moi. Je craque (beaucoup) trop souvent. Dans une coque de noix de Ian McEwan n’a d’ailleurs pas traîné trop longtemps dans ma PAL, à peine quelques semaines et je commençais ma lecture, impatiente de découvrir la plume de l’auteur.

Me voici donc, la tête en bas dans une femme. Les bras patiemment croisés, attendant, attendant et me demandant à l’intérieur de qui je suis, dans quoi je suis embarqué. (p.13)

Mon sentiment fut très partagé en refermant ce livre. L’ambiance était loin d’être celle que j’imaginais. Avec un meurtre en préparation, je m’attendais à un beau suspense, un page turner de malade, un rythme de lecture effréné. Eh ben non. Rien de tout ça finalement. Certaines scènes sont un peu malsaines et manquent de cohérence à mon goût. Exemple: Trudy, la jolie maman blonde, qui boit de l’alcool enceinte et qui vit dans une maison délabrée pleine de détritus, écoute des conférences podcastées sur l’état du monde et des livres audio d’accomplissement personnel. Mouais, ça me paraît un peu louche tout ça.

Ce foetus qui réfléchit, c’est plutôt perturbant au premier abord. Ma grossesse avait pris fin depuis quelques mois déjà, et j’avais beaucoup de peine à imaginer un petit être doté d’une raison incroyablement construite. On est d’accord, là n’est pas la question de démontrer qu’un foetus pense et peut avoir des réflexions poussées sur le monde qu’il perçoit au travers de la paroi utérine, mais tout de même, le côté cartésien de mon esprit avait du mal à lâcher prise.

Ce sont ces réflexions justement qui m’ont dérangée pendant la lecture. L’auteur n’hésite pas, à de très (trop) nombreuses reprises, à donner des points de vue personnels (ou pas d’ailleurs) à travers ce foetus qui cassent complètement le rythme de l’intrigue, selon moi. Petit à petit, on en apprend plus, et puis PAF une réflexion sur l’écologie par-ci, une réflexion sur le terrorisme par-là, et me voilà perdue dans les méandres d’une pensée qui ne m’intéresse pas plus que ça finalement. Je veux juste savoir si l’oncle va tuer le père, pas à quel rythme fondent les glaciers d’après le podcast qu’a écouté la mère la veille. Pigé?

Quant à l’espoir : j’ai entendu beaucoup de choses sur les récents massacres au nom d’une vie rêvée dans l’au-delà. Chaos dans ce monde, béatitude dans le suivant. Des jeunes gens avec une barbe toute neuve, une peau magnifique et des armes de guerre sur le boulevard Voltaire, qui regardaient droit dans les yeux magnifiques, incrédules, d’autres jeunes de la même génération. Ce n’est pas la haine qui a tué les innocents, mais la foi, ce fantôme insatiable encore vénéré, même dans les quartiers les plus paisibles. (p.174)

Je ne peux pas remettre en question la profondeur de ces réflexions, bien au contraire, mais je ne m’attendais pas à en trouver autant. La beauté de l’écriture, le choix des mots, les tournures de phrases sont évidemment à souligner. Le style de Ian McEwan est magnifique, j’en conviens. Je suis ravie d’avoir pu découvrir sa plume (traduite mais bon ça compte quand-même), même si ce livre est un peu l’ovni de ma bibliothèque.

Pour finir, je ne peux rien vous dire concernant l’aspect réécriture d’Hamlet de William Shakespeare, tout simplement parce que je n’ai jamais lu Hamlet. Je ne sais pas du tout à quel point l’histoire de Ian McEwan lui est fidèle, et je ne peux que vous encourager à commenter cet article si vous avez la possibilité d’en faire une comparaison, cela m’intéresse évidemment beaucoup!

Pour celles et ceux qui apprécient la plume d’Ian McEwan, vous serez ravis d’ajouter Dans une coque de noix à votre palmarès. Malgré l’intrigue originale laissant planer une atmosphère pleine de suspense et de rebondissement, il n’en est rien… Une belle lecture, mais j’en attendais probablement de trop.

Notation : ♥♥♥♥♥

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La voyageuse: tome 1 – Iman Eyitayo

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Auteur : Iman Eyitayo

Edition : CreateSpace

Genre : Romance – Fantastique

Langue originale : Français

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 248

ISBN : 978-1548588687

Résumé

«À 18 ans, Kanyin vient de terminer son lycée avec brio et ne tient plus en place à l’idée d’entrer enfin à l’université. Toutefois, lorsque sa mère lui annonce qu’elle doit passer ses vacances au Bénin, auprès de son père, sa bonne humeur s’évapore. Ce dernier étant constamment accaparé par son métier de chirurgien, la jeune fille s’attend à deux mois d’ennui et de solitude. Elle ne prévoyait certainement pas retrouver un vieil ami d’enfance dans une situation plus qu’inattendue : dans le coma. Et elle s’attendait encore moins à ce qu’en le touchant, elle se retrouve projetée dans un endroit des plus étranges…»

L’avis de la Papote

Cette fois-ci, c’est l’autrice qui m’a directement proposé de découvrir le premier tome de « Voyageuse », une romance fantastique young adult. Avouez-le, vous aussi vous auriez accepté sans hésitation à la lecture de ce résumé. Parce que même si la romance et moi on n’est pas très copains, il faut bien dire ce qui est : se retrouver dans un autre monde simplement en touchant un jeune homme dans le coma, c’est assez intriguant… C’est donc plutôt le côté fantastique de l’intrigue qui m’a happée.

Nous suivons donc Kanyin, la narratrice, une jeune fille de 18 ans qui se voit forcée de passer l’été avec son-père-le-chirurgien-qui-ne-fait-que-bosser. En arrivant au Bénin, elle découvre que l’un de ses meilleurs amis d’enfance, Jun (pour qui elle avait le béguin OF COURSE), est dans le coma depuis deux semaines. Rusant pour lui rendre visite, elle se retrouve bien malgré elle emportée dans un monde parallèle après avoir touché le bracelet qu’il portait au poignet. Evidemment, les aventures qui vont suivre seront loin d’être de tout repos…

Je clignai des yeux sans comprendre pendant un long moment. Puis, je m’extirpai de la voiture et rejoignis mon père, qui ouvrait les portes du garage :

– Comment ça, dans le coma?

La nouvelle n’avait aucun sens. Jun n’avait que dix-neuf ans, pourquoi serait-il dans un tel état? (p.22)

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet ouvrage. La construction du récit m’a, je dois l’avouer, complètement surprise. J’ai dévoré les pages les unes après les autres, avide de savoir ce qui allait se dérouler sous mes yeux. Un petit page turner qui fait du bien au moral pendant l’été!

L’univers construit est très intéressant bien que difficilement visualisable, si vous voyez ce que je veux dire par là. Selon moi, il manquait quelques descriptions supplémentaires pour rendre le tableau plus clair et moins confus. J’ai parfois ressenti quelques difficultés à imaginer l’endroit… Si vous aimez la culture asiatique, je pense que vous pourriez être séduit par ce monde parallèle. Il y a notamment de nombreuses allusions aux caractères chinois et aux signes astrologiques qui constituent des éléments primordiaux de l’intrigue. Encore une fois, ne vous attendez pas à un univers extrêmement fouillé, mais c’est plaisant à lire malgré tout.

Pour ce qui est de l‘écriture, rien de transcendant au niveau du style employé. Simple mais efficace, suffisant pour un livre Young Adult. Si vous recherchez une écriture marquée, incisive ou au contraire douce et poétique, passez votre chemin! Ce n’est pas pour ça qu’il faut lire « La voyageuse », mais bien pour la construction du récit et l’intrigue qui valent le coup d’être découverts.

Un petit point concernant les personnages. Les deux protagonistes principaux, Kanyin et Jun, m’ont bien souvent agacée de par leur comportement que j’ai rarement compris. Les jet’aime-moi-non-plus, ça m’a un peu gavé… Je pense sincèrement que les adolescents et très jeunes adultes peuvent s’y retrouver, mais à mon âge (ça va hein, j’ai pas encore 30 ans ^^) ça ne l’a pas fait du tout. Certains personnages secondaires m’ont parus mieux construits, plus réalistes et moins clichés. Après, c’est une question de feeling !

Malgré les quelques petits bémols cités dans cette chronique, je vous invite évidemment à découvrir le travail de l’autrice (sur son site ici) et à vous lancer dans ce premier tome de saga afin de vous en faire votre propre avis! L’important, c’est que j’ai passé un très bon moment en compagnie de Kanyin, Jun et les autres et que, malgré tout, j’ai quand-même envie de connaître la suite de l’histoire …

La voyageuse, premier tome d’une saga fantastique Young Adult, vous transportera dans un univers original bien que trop peu exploité à mon goût. Un très bon page turner qui vous fera passer un agréable moment !

Notation : ♥♥♥♥♥

Elle vivait dans nos yeux – Sophie Blitman

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Auteur : Sophie Blitman

Edition : Autoédition

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 201

ISBN : 978-782955961605

Résumé

« Ils sont amis et croient se connaître. A l’aube de la trentaine, ils se sont installés dans un quotidien tranquille qu’ils n’auraient jamais imaginé voir basculer si brutalement. Mais il est des secrets dont la révélation bouleverse une vie. Aveuglement, perte de repères ou résistance : comment vont-ils réagir, tiraillés entre l’envie de savoir et la peur de ce qu’ils pourraient découvrir ? « Elle vivait dans nos yeux » plonge dans l’intimité d’hommes et de femmes en proie au doute et à la désillusion. Un roman psychologique, sinueux et captivant. »

L’avis de la Papote

J’adore lire des romans auto-édités. Pourquoi? Parce qu’au-delà de la publicité et du succès que peuvent susciter certains ouvrages promus par les maisons d’édition, commencer un livre auto-édité m’invite bien souvent à ouvrir une parenthèse dans ce flot de lectures dont tout le monde parle. D’autant plus quand l’autrice vous contacte personnellement pour découvrir son travail. C’est toujours un immense plaisir, une énorme fierté et une très grande pression également. Oui, parce qu’un auteur qui a pris la décision de contourner le système de publication traditionnel attend bien souvent un véritable retour constructif sur son oeuvre, et pas forcément un coup de pub. Bon, je retrousse mes manches, et je vous en parle sans plus tarder.

Sophie Blitman est agrégée de lettres modernes et journaliste free-lance. « Elle vivait dans nos yeux » est son premier roman. Dans cette histoire, on suit le quotidien d’un groupe de cinq amis, quotidien complètement chamboulé suite à un événement tragique qui les prend de court. Sophie Blitman explore et nous propose alors de découvrir les réactions de chacun face à cet obstacle de la vie. Un roman contemporain psychologique, donc.

Au début de ma lecture, je dois vous avouer que le pari était loin d’être remporté. Il faut attendre la page 54 exactement pour que l’histoire prenne un tournant intéressant. Sur un roman d’à peine 200 pages, ça fait long. L’autrice pose les bases de la personnalité de chacun des personnages, et je comprends bien sûr que ce soit une étape indispensable dans l’écriture d’un roman psychologique. Mais j’ai ressenti un certain déséquilibre au final. J’aurais préféré que la deuxième partie du roman, la plus intéressante, soit plus longue et plus développée. L’autrice, selon moi, ne va pas au bout de sa réflexion. Peut-être dans l’optique de laisser le lecteur se faire sa propre idée de l’évolution des personnages… Le thème abordé est pourtant très intéressant (vous verrez, sans spoil aucun, que le mensonge prend une place prépondérante), mais il m’a manqué quelque chose. J’ai refermé le livre avec ce sentiment de frustration gênant, le même que j’avais ressenti en fermant « Chanson douce » de Leïla Slimani. Je vais finir par croire qu’un bon roman psychologique doit imposer une forme de liberté dans les réflexions finales du lecteur. Mouais, pas totalement convaincue.

Parlons un peu du style. Oui, parce que ça, c’est le gros point fort du roman selon moi. Sophie Blitman mériterait vraiment d’être lue, ne serait-ce que pour la beauté de son écriture. Personnellement, elle m’a complètement séduite. Très fluide, très simple, mais très poétique également.

Camille attend, elle s’applique à faire taire la petite voix lucide au fond d’elle. Mais elle sent bien que le grand A de l’amour qu’elle espérait se rapetisse à vue d’œil. Et que peut-on écrire avec des minuscules?

Un dernier mot sur le travail éditorial, parce que je trouve là aussi que le boulot mérite d’être souligné. La couverture est vraiment très belle, avec une illustration sobre et un toucher doux. La qualité de la reliure est parfaite. Aucun défaut à souligner de ce côté-là. Vous ne verrez absolument pas la différence avec un livre publié via un éditeur. Un objet livre totalement réussi donc selon moi !

Elle vivait dans nos yeux est un roman psychologique qui, malgré ses petits défauts, vous fera passer un très bon moment de lecture. Un auto-édité au style magnifique qui vaut le coup d’être découvert !

Notation : ♥♥♥♥♥

CONCOUUUUUURS !

Eh oui! Je vous fait remporter un exemplaire de ce livre (encore merci à Sophie Blitman pour sa générosité), avec un beau bonus à l’intérieur! Pour connaître les conditions de participation et tenter votre chance, rendez-vous sur la chaîne youtube La papote livresque en cliquant sur la photo ci-dessous!

Update&

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

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Auteur : Sylvain Tesson

Edition : Folio

Genre : Récit de voyage

Langue originale : Français

Date de parution : 2011

Nombre de pages : 304

ISBN : 978-2-07-045150-0

 

Résumé

«Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

L’avis de la Papote

Encore une fois, c’est grâce à Margaud liseuse si ce livre s’est retrouvé d’abord sur ma Wishlist avant de finir sur les planches de ma bibliothèque (sa chronique ici). Elle en vantait tant les mérites, la couverture me faisait des clins d’oeil à chaque fois que je passais devant en librairie, bref, je n’ai pas pu résister bien longtemps.

Sylvain Tesson, grand voyageur et aventurier dans l’âme, décide de passer six mois seul dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. Coupé de tous les affres de notre société consumériste, il retrouve une liberté perdue, il dispose de son temps sans pression, il pêche, il lit, il vit.

La pluie a été inventée pour que l’homme se sente heureux sous un toit. (p.219)

J’ai commencé cette lecture sur un coup de tête, après avoir passé une bien mauvaise journée, alors que j’avais déjà deux romans entamés. En plus, une intrigue qui se déroule dans un pays froid alors qu’on est en pleine saison printanière, si vous me connaissez, vous savez probablement que c’est une chose que je ne fais JA-MAIS. Mais bon, comme on dit chez moi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Un livre qui vous promet de vous évader au bord d’un lac sibérien, l’isolement, la nature, la reconquête de son être, la lecture, le feu de bois, c’est tout ce dont j’avais besoin pour recharger les batteries. Et globalement, je n’ai pas été déçue du voyage.

Nous sommes seuls responsables de la morosité de notre existence. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie paraît pâle? Changez de vie, gagnez les cabanes. (p.225)

Un petit mot d’abord sur le format particulier de l’ouvrage. L’auteur prend le parti de décrire son aventure sous forme d’un journal de voyage. Chaque jour (ou presque), le lecteur a l’immense privilège de prendre connaissance de sa vie en ermite au milieu des bois. L’agencement du quotidien, les routines qui s’installent malgré tout (observer les mésanges sur le rebord de la fenêtre, pêcher son dîner, couper le bois), la liste des livres qu’il a emportés avec lui, ses réflexions personnelles suite à ses lectures, l’observation en pleine conscience de la nature, des animaux, de la lumière du jour. Ouvrir ce livre, se plonger dans ses pages, c’est rejoindre Sylvain Tesson dans cette petite cabane en bois et s’accorder ces moments magiques hors du temps.

Sylvain Tesson, c’est également un style d’écriture bien particulier. Sa plume, je ne peux pas le nier, est incroyablement belle et poétique. Ses textes respirent la passion. Il choisit ses mots avec une précision d’orfèvre, il les enrobe avec douceur, il jongle avec les aphorismes (ce qui, d’ailleurs, a le don d’agacer de nombreux lecteurs). Pour ma part, j’ai adoré ce style riche. D’ailleurs, mon livre est rempli de post-it !

Il y a tout de même eu quelques petits points noirs dans cette lecture. Pas grand-chose me direz-vous, mais quand-même… Le premier que j’ai envie de citer, c’est le nombre incroyable de références littéraires qui m’étaient complètement inconnues. C’est pas de la faute de Sylvain, je suis d’accord avec vous, mais moi qui pense avoir un minimum de culture littéraire, eh ben je me sentais parfois complètement ignare. Pas très cool comme sensation. Vous êtes donc prévenus, vous avez plutôt intérêt à vous y connaître vachement beaucoup!

Et puis une chose, un tout petit passage dans l’entièreté du livre, a largement baissé mon niveau d’estime pour l’ouvrage. La voici :

Ce matin, Irina me fait les honneurs de sa bibliothèque. Dans de vieilles éditions de l’époque soviétique, elle possède des oeuvres de Stendhal, Walter Scott, Balzac, Pouchkine. Le livre le plus récent est le Da Vinci Code. Légère baisse de civilisation. (p.59-60)

S’il y a bien une chose que je ne peux tolérer, c’est la dévalorisation gratuite d’une oeuvre littéraire, quelle qu’elle soit. Alors certes, Dan Brown est un auteur que je chéris depuis très longtemps, mais même s’il s’agissait de Pierre-Paul-Jacques, chacun est libre de lire et d’apprécier un livre, même si celui-ci ne remporte pas un vif succès auprès des critiques littéraires, même s’il est qualifié de « roman de gare ». Et là, pour le coup, notre ami Sylvain Tesson ne s’est pas vraiment gêné. Il était même très loin d’émettre une critique négative constructive (comme j’essaie de le faire quand je vous chronique un livre que je n’ai pas aimé, parce que OUI ça arrive). Moi je dis, la lecture, c’est comme la nourriture. On ne dit pas « C’est dégueulasse », on dit juste « Je n’aime pas ». Légère baisse de civilisation, non mais Oh?!

Cela étant dit, je ne peux enlever la beauté de l’aventure à laquelle il nous fait participer. J’ai adoré suivre le cours de la nature, qui sort doucement de son manteau d’hiver pour s’éveiller au printemps. Je voyais les couleurs vives, je ressentais le froid polaire et la chaleur du feu de bois, je sentais les odeurs de poisson grillé, je m’émerveillais devant la bonté des chiens. Vous l’aurez compris, lire du Sylvain Tesson, c’est vivre une très belle aventure.

A tous les amoureux de la nature, à tous ceux qui ressentent le besoin de s’isoler de la société, de mettre la pression et le stress au fond d’un tiroir, de vivre une aventure exceptionnelle au cœur d’une nature sauvage, ouvrez « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson et laissez-vous emporter par la beauté de l’écriture. 

Notation : ♥♥♥♥♥

Quand souffle le vent du nord – Daniel Glattauer

Auteur : Daniel Glattauercouv22324997

Lecteurs : J.-M. Delhausse – N. Hugo

Edition : Audiolib (paru chez Grasset)

Genre : Contemporain Epistolaire

Langue originale : Allemand

Date de parution : 2010

Heures d’écoute : 5 heures 26 minutes

EAN : 9782356412300

Tome 2 : La septième vague

Résumé

«Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ? Leo Leike reçoit par erreur un courriel d’une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s’excuse et, peu à peu, un dialogue s’engage, une relation se noue. Au fil des courriels, ils éprouvent l’un pour l’autre un intérêt grandissant.
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d’un chagrin d’amour. De plus en plus attirés l’un par l’autre, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre.»

L’avis de la Papote

« Quand souffle le vent du nord » est ma deuxième expérience d’écoute de livre. J’avais tellement adoré écouter « Le tailleur de pierre » de Camilla Läckberg que je n’ai pas traîné à commencer un nouveau livre audio. Cette petite romance contemporaine épistolaire me paraissait parfaite pour agrémenter mes trajets en voiture.

L’histoire, relativement peu originale, est la suivante : Emmi décide un jour de mettre fin à son abonnement périodique à un journal. Dans l’envoi du mail, elle se trompe de destinataire. Le message parvient dans la boîte de Leo Leike. S’ensuit une correspondance, un dialogue, le début d’une relation particulière où la vision de l’autre n’est que fantasme et imagination. Schéma classique d’une romance épistolaire moderne.

Cette deuxième expérience en livre audio ne fut pas aussi agréable et riche que la première. D’abord, je dois vous signaler que les romances et moi, ça fait dix. Ce n’est pas du tout mon genre de prédilection et je me dirige très rarement vers ce type d’intrigue. Mais je pense que la raison principale à mon sentiment négatif par rapport à cette écoute découle du format : un échange de mail doit se lire, non pas s’écouter. Entendre mille fois « 30 minutes plus tard. Objet : pas d’objet. Cher Leo… », je vous avoue que mes nerfs ne l’ont pas supporté très longtemps. J’ai trouvé le rythme monotone, ennuyant, écrasant, lourd. Heureusement, ce qui m’a permis de continuer l’écoute, c’est le fait que deux lecteurs différents vous racontent cette histoire : un homme et une femme. Malgré le format répétitif, cela ajoutait une dynamique non négligeable au récit.

Autre petit point noir : le personnage de Emmi est juste im-bu-va-ble. Pour moi en tout cas. Je n’ai pas du tout accroché avec ce personnage. J’ai levé les yeux au ciel plus d’une fois tant ses réactions m’incommodaient. Très indécise, un comportement de pré-adolescente dans certaines situations, inintéressante, bref, vous l’aurez compris, c’était pas ma grande copine.

Et finalement, j’ai ressenti une très grande frustration totalement liée au format épistolaire : à aucun moment vous n’accédez aux pensées véritables des personnages. C’est comme si vous tombiez par hasard sur cet échange de mail, mais sans narrateur omniscient, on n’en sait pas plus. Frustration. Frustration. Frustration.

Cela étant dit, ce ne fut pas un flop total puisque je lui ai tout de même accordé une note de 3/5. Malgré ma réticence tout au long de l’écoute, j’ai tenu bon jusqu’au bout. Et vous me trouverez certainement paradoxale, mais la fin m’a donné envie de lire le tome suivant (oui oui, il y un second tome!), « La septième vague ». Cliffhanger. Que voulez-vous, je suis faible face aux fins ouvertes, je dois savoir ! Il n’existe pas au format audio, mais je n’aurai de toute façon pas réitéré l’expérience. Par contre, j’irai probablement le louer en bibliothèque, hors de question de l’acheter neuf!

Quand souffle le vent du nord est une romance épistolaire au schéma classique. Si vous aimez les romances (et surtout le format épistolaire si particulier), n’hésitez pas à lire ce livre, vous serez probablement dans votre zone de confort. Je ne le conseille toutefois pas au format audio, qui écrase le rythme de l’histoire. 

Notation : ♥♥♥♥♥

Le garçon qui courait – François-Guillaume Lorrain

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Auteur : François-Guillaume Lorrain

Edition : Sarbacane

Genre : Jeunesse – Historique

Langue originale : Français

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 288

ISBN : 978-2-84865-934-3

Résumé

«D’après l’incroyable et bouleversante histoire vraie de Sohn Kee-chung, le premier Coréen à avoir remporté l’épreuve du marathon aux J.O. de Berlin, en 1936 – alors que la Corée, annexée par le Japon, n’existait plus.»

L’avis de la Papote

Comme chaque mois, les éditions Sarbacane m’ont fait parvenir une parution de leur collection Exprim’, afin que je puisse la découvrir et vous faire profiter de mon opinion sur l’ouvrage. Pour ce premier mois de l’année 2017, j’ai voulu faire la connaissance de Kee-chung, le premier coréen à avoir remporté le marathon aux Jeux Olympiques de 1936 sous les couleurs du Japon, qui avait annexé son pays. Ayant très peu de connaissances sur cette période particulière de l’histoire de la Corée, j’y voyais là la parfaite occasion d’approfondir le sujet.

L’histoire, tirée de véritables faits historiques, se déroule donc en Corée du Nord, juste après la fin de la première guerre mondiale. Lors d’une révolte menée par son grand frère au sein même de leur école, Kee-chung se voit forcé de prendre la fuite en courant à toute vitesse. Fasciné par la rapidité avec laquelle son frère cadet avait mené la course, il lui donna l’impulsion nécessaire afin qu’il exploite ce talent de la meilleure manière possible. Tout au long du récit, nous, lecteurs, faisons connaissance avec cette Corée souffrante en voie d’extinction et nous suivons les aventures de ce petit Kee-chung, jusqu’à la fin de sa vie.

Avant toute chose, il me semble important de préciser que ce roman s’adresse aux enfants à partir de treize ans. Malgré le fait qu’il soit destiné à un public jeune, j’estime que le style de l’auteur aurait pu être davantage travaillé. Je n’ai pas, en tant qu’adulte, trouvé mon compte en terme d’écriture. Pourtant, je lis énormément de livres destinés à la jeunesse, et je suis rarement déçue par la plume des auteurs tels que Roald Dahl par exemple. Un livre pour les enfants ne doit pas forcément être écrit de manière plus simple, à mon sens. A l’exception de quelques rares passages, j’ai trouvé l’écriture assez plate. Certaines situations n’ont pas manqué de me faire lever les yeux au ciel, et la majorité des événements s’enchaînent à une telle vitesse que nous n’avons pas le temps de nous attacher aux différents personnages qui entrent en scène. Un peu trop survolés, je n’ai pas pu leur accorder mon empathie.

Mais non, ne partez pas tout de suite, il y a quand-même eu quelques points forts dans cette lecture! D’abord, le rythme de lecture est très fluide puisque les chapitres sont très courts, ce qui devrait ravir plus d’une jeune lecteur. Ensuite, les thèmes abordés restent forts, intéressants, et peu exploités dans la littérature jeunesse. Enfin, je me suis souvent demandée quels étaient les faits réels et les éléments de fiction, ce qui signifie que, finalement, l’auteur a bien fait son boulot de romancier!

« Il y avait donc, découvrit-il, une mémoire des mots, comme il y avait une mémoire du corps lorsque, d’abord engourdi, d’abord douloureux, celui-ci parvenait à se réveiller et à rassembler toutes ses forces oubliées. Les mots se rassemblaient aussi, ils se tendaient la main, reliés par des doigts invisibles, pour tracer une chaîne, ou plutôt une ligne, qui lui évoqua les chemins sur lesquels il s’entraînait. Il était donc possible d’avancer sur le papier comme on avançait sur une route, et Kee-Chung songea que toutes ces lignes misent bout à bout auraient peut-être fini par aboutir elles-mêmes à une sorte de… marathon. » (p.87)

Vous avez là un exemple d’extrait qui m’a beaucoup plu : ce parallèle entre l’écriture et le marathon, j’adhère complètement. Moi qui m’essaye depuis plusieurs années à l’écriture de mon premier roman, je peux vous assurer que la métaphore est particulièrement bien fichue. Un entraînement intensif, de nombreux obstacles, des phases d’excitation mais aussi de découragement, la régularité d’exercice, bref, tout s’accorde parfaitement. Ce n’est pas Murakami qui avait déjà fait usage de cette image du marathon lorsque l’on s’attelle à l’écriture d’un roman dans « Autoportrait d’un auteur en coureur de fond » ?

Le garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain est, à mon sens, un roman au style inachevé qui aurait pu être davantage exploité, notamment au niveau de la psychologie des personnages. Malgré tout, la période et la situation géographique qu’il aborde sont rarement présents dans la littérature jeunesse, ce qui le rend intéressant sur certains abords. Une bonne lecture, mais vraiment destinée à un public plus jeune. 

Notation : ♥♥♥♥♥

L’étrange histoire de Benjamin Button – La lie du bonheur – Francis Scott Fitzgerald

couv2072579Auteur : Francis Scott Fitzgerald

Edition : Folio 2€

Genre : Nouvelles

Langue originale : Anglais

Date de parution : 1967 (2008 pour la traduction française)

Nombre de pages : 103

ISBN : 978-2-07-035639-3

Résumé

«Dès sa naissance, loin d’être un beau poupon joufflu, Benjamin Button ressemble à un vieillard voûté et barbu ! Ses parents découvrent peu à peu qu’il rajeunit chaque jour : de vieillard il devient un homme mûr, un jeune homme, un enfant… Bénédiction ou malédiction ?»

L’avis de la Papote

Cette histoire me fait envie depuis le jour où j’ai visionné l’adaptation cinématographique de « L’étrange histoire de Benjamin Button ». Ce film m’avait complètement émerveillée, j’étais littéralement amoureuse de cette intrigue. Naître vieux et mourir bébé, quelle idée de génie ! J’ai donc lu cette toute petite nouvelle en période de fêtes, la couverture s’y prêtant plutôt bien (même si j’ai beaucoup de mal à comprendre le lien entre cette canne à sucre et le contenu du livre. Soit.). Après un pavé de 500 pages, ça m’a fait le plus grand bien.

J’ai d’abord été très surprise de constater que ce tout petit ouvrage de 103 pages renfermait en fait deux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald. Je vais donc vous donner mon avis sur ces deux nouvelles séparément car, selon moi, elles ne méritent pas la même notation.

L’étrange histoire de Benjamin Button

Cette nouvelle relate l’histoire de Benjamin Button, tout juste né à l’âge de septante ans. Un véritable mystère qui déroute complètement son père. D’années en années, plutôt que de vieillir comme tout un chacun, Benjamin rajeunit !

« Jadis, en 1860, il était bien vu de naître chez soi. A présent, l’Olympe de la médecine a décrété, paraît-il, que l’enfant pousserait son premier cri dans l’atmosphère antiseptique d’une maternité, de préférence une clinique en vogue. Les jeunes Mr. et Mrs. Button avaient donc cinquante ans d’avance lorsqu’ils décidèrent, un beau jour de l’été 1860, que leur premier enfant naîtrait en clinique. Nul ne saura jamais si cet anachronisme influa en aucune façon sur l’histoire étonnante que je m’apprête à coucher par écrit. » (p.11)

Quelle merveilleuse histoire ! Je l’ai tout bonnement adorée ! Tout m’a plu dans cette intrigue : l’originalité, les personnages, les thèmes abordés, la narration, absolument TOUT !

L’auteur aborde avec beaucoup de justesse et d’ironie les difficultés d’adaptation face à la différence d’autrui, la peur du jugement des autres (que va-t-on dire de nous, un enfant de septante ans?), la volonté de l’enfant à se soumettre aux attentes de ses parents pour ne pas les décevoir et être à la hauteur.

Cette toute petite histoire se lit à la manière d’un conte. L’écriture est tellement belle, malgré la traduction ! C’était vraiment très appréciable, je l’ai d’ailleurs relue une deuxième fois immédiatement après l’avoir terminée, c’est pour vous dire à quel point cette nouvelle m’a subjuguée. Coup de coeur !

Notation : ♥♥♥♥♥

La lie du bonheur

On change complètement de registre avec ce petit récit dramatique relatant l’histoire d’un couple d’élite dans les années folles, Jeffrey et Roxane. Lui est écrivain à succès, elle est actrice en vogue. Soudainement, la maladie s’abat sur l’un d’entre eux, et c’est ce déclin que l’on suit au fur et à mesure des pages.

« Il s’agissait d’un mariage d’amour. L’écrivain était assez gâté pour posséder beaucoup de charme; l’actrice gardait assez d’ingénuité pour être irrésistible. Comme deux troncs flottants poussés par les courants, ils s’étaient rencontrés, attachés l’un à l’autre et poursuivaient leur route ensemble. » (p.66)

Beaucoup moins originale que la première, j’ai peu apprécié cette nouvelle. L’écriture est toujours aussi belle, et c’est cette plume magnifique qui sauve la mise. On retrouve une marque de fabrique apparemment bien propre à l’auteur : la fascination pour le monde des riches, lui qui venait d’un milieu modeste. C’est d’ailleurs autour de ce monde particulier que tourne le roman « Gatsby le magnifique » qu’il me tarde de lire (je me suis empressée de l’acheter après avoir terminer ce livre, je l’avoue). Une lecture en demi-teinte donc pour cette histoire.

Notation : ♥♥♥♥♥

Si vous désirez découvrir le style de Francis Scott Fitzgerald et avoir un très bref aperçu de son talent, « L’étrange histoire de Benjamin Button » me paraît être une porte d’entrée fascinante!