La tailleur de pierre – Camilla Läckberg

couv20357020Auteur : Camilla Läckberg

Lectrice : Christine Pâris

Edition : Audiolib (paru initialement chez Actes Sud dans la collection Actes noirs)

Genre : Policier

Langue originale : Suédois

Date de parution : 2009

Heures d’écoute : 13 heures 50 minutes

ISBN : 978-2-35641-220-1

Résumé

«Un pêcheur de Fjällbacka trouve une petite fille noyée. Bientôt, on constate que Sara, sept ans, a de l’eau douce savonneuse dans les poumons. Quelqu’un l’a donc tuée avant de la jeter à la mer. Mais qui peut vouloir du mal à une petite fille ? Alors qu’Erica vient de mettre leur bébé au monde et qu’il est bouleversé d’être papa, Patrik Hedström mène l’enquête sur cette horrible affaire. Car sous les apparences tranquilles, Fjällbacka dissimule de sordides relations humaines – querelles de voisinage, conflits familiaux, pratiques pédophiles – dont les origines peuvent remonter jusqu’aux années 1920. Quant aux coupables, ils pourraient même avoir quitté la ville depuis longtemps. Mais lui vouer une haine éternelle.»

L’avis de la Papote

Les livres de la collection Actes noirs chez Actes Sud m’ont toujours particulièrement intriguée de par leurs couvertures sombres aux illustrations un peu… glauques. Malheureusement, n’étant pas particulièrement fan des romans policiers, je n’ai jamais voulu dépenser 20€ dans un livre de cette collection. Jusqu’au jour où l’une de mes collègues m’a proposé, non pas de lire l’un de ces fameux romans à la couverture noire, mais de l’écouter. Un livre audio donc. Malgré les quelques réserves que j’émettais secrètement dans ma tête bornée de lectrice de livres papiers, j’ai accepté de tester ce format totalement inédit pour moi (on en discute très prochainement dans un article #Lapapoteuse).

Nous sommes dans la ville de Fjällbacka, en Suède. Le corps sans vie de la petite Sara a été retrouvé dans les eaux maritimes par un pêcheur. Très vite, la police locale découvre la sordide vérité : Sara a été assassinée. La stupeur s’empare des habitants : qui pourrait en vouloir à une enfant?

« La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l’avoir esquintée. Il jeta un coup d’œil par-dessus bord mais ce qu’il vit n’était pas le casier. C’était une main blanche qui fendit la surface agitée de l’eau et sembla montrer le ciel l’espace d’un instant. Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs… »

Lorsque j’ai débuté l’écoute de ce livre, je n’avais pas la moindre idée de la trame de l’histoire. Je voulais me plonger dans cette nouvelle aventure livresque sans aucune attente particulière concernant l’intrigue. Mon cœur de maman n’a fait qu’un tour quand j’ai compris qu’il s’agissait du meurtre d’une petite fille. Autant vous dire que les larmes me sont vite montées aux yeux.

L’enquête policière nous emmène dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et nous fait voyager à travers les époques. Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour comprendre que la narration était doublée : une partie de l’histoire se déroule de nos jours, et l’autre dans les années 1920 (« Hein? Elle regarde la télé? Mais je pensais qu’on était en 1920! » Hum.). Là où il est plus facile de revenir en arrière dans un livre au format papier, le livre audio ne permet pas une telle flexibilité. J’ai fini par comprendre, rassurez-vous.

Les thèmes abordés sont vraiment très noirs : conflits familiaux, querelles de voisinage, suicide, pédophilie, meurtre, bref, pas besoin de vous en dire davantage pour vous dresser le tableau. J’ai surtout apprécié le côté « petit village nordique où tout le monde sait tout sur tout le monde » et où rien ne reste secret bien longtemps (la femme du policier en charge de l’affaire est en fait la meilleure amie de la mère de la petite fille assassinée, z’avez compris?). C’est un peu comme les feux de l’amour Suédois en plus dramatique. On ne se doute pas du tout de la personne qui se cache derrière ce meurtre infâme, et tous les événements qui paraissent si disparates depuis le début se rejoignent d’un coup en une cohérence infaillible (Ah! C’était donc ça!).

Malgré la lourdeur et la noirceur du récit, je ne peux pas nier que ce livre a été un véritable coup de coeur pour moi. Une petite pépite qui me trotte encore dans la tête, plusieurs dizaines de jours après en avoir terminé l’écoute. Je ne sais pas si c’est le format audio qui a rendu cette expérience très marquante, mais quoi qu’il en soit, j’ai tout de suite rajouté « Le tailleur de pierre » dans ma Wishlist. Rien à faire, il me le faut physiquement parlant dans ma bibliothèque.

Après en avoir fait le retour auprès de ma collègue, voilà qu’elle m’apprend que ce livre fait en fait partie d’une loooooongue saga qui compte jusqu’à présent neuf tomes! NEUF! Les personnages principaux restent les mêmes au fil des histoires mais ils peuvent apparemment se lire indépendamment les uns des autres. Bon, pas de bol, « Le tailleur de pierre » est le troisième de la série, mais qu’à cela ne tienne, je commencerai par le premier (« La princesse des glaces ») dans pas très longtemps, ça c’est sûr!

Notez enfin qu’il existe une série créée par et pour la télé sur base de scénarii de Camilla Läckberg : « Les enquêtes d’Erica ». Affaire à suivre!

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un chef d’oeuvre littéraire, « Le tailleur de pierre » de Camilla Läckberg aura au moins le mérite de se faire une place dans un coin de votre tête et de ne jamais en sortir. Touchant, émouvant, dégoûtant, intéressant, ce roman a toutes les qualités requises pour vous faire passer un moment de lecture (ou d’écoute ^^) intense. Coup de cœur!

Notation : ♥♥♥♥♥

Les silences de Dieu – Gilbert Sinoué

Auteur : Gilbert Sinoué513eRAjV8lL._SX195_

Edition :  Albin Michel

Langue originale : Français

Genre : Policier – thriller

Date de parution : 2003

Nombre de pages : 365

EAN : 978-2-702-88437-1

Résumé

« Peut-on croire que l’auteur d’un carnet codé, trouvé près d’un cadavre au fin fond de l’Ecosse, ne soit autre que… l’archange Gabriel? Est-il possible qu’un tueur en série sévisse au paradis? Est-il pensable que Jésus, Moïse et Mahomet fassent partie des suspects? Mrs. Clarissa Gray, célèbre auteur de romans policiers, va se retrouver, malgré elle, entraînée dans une enquête aux portes de la folie. »

L’avis de la Papote

Plutôt alléchant comme résumé, vous ne trouvez pas? Lorsque l’une des tantes de mon mari m’a tendu ce bouquin et que j’ai découvert ce quatrième de couverture, j’ai su que c’était une histoire faite pour moi. Un zeste de crime, dans une ambiance mystique, se déroulant dans les paysages verdoyants et mystérieux de l’Ecosse, et un carnet codé par-dessus le marché? Hop hop hop, illico presto dans ma bibliothèque !

Clarissa Gray est donc une auteur de romans policiers renommée, vivant isolément sur une petite île au large de l’Ecosse. Autant vous dire que le cadre dans lequel se déroule l’histoire ne pouvait pas être mieux choisi. Les bourrasques, la pluie, les grandes plaines et surtout, les légendes si caractéristiques de ce pays en font un lieu parfait pour une enquête policière aux allures paranormales.

« La patrie de l’inexplicable […]. Je suis policier, mais je suis aussi et avant tout écossais. Nous vivons dans un pays qui respire le surnaturel. Les chemins, les tourbes, les lacs, les montagnes. Et jusqu’à notre drapeau ! Lié sur une croix, au fin fond de la Grèce, saint Andrew, notre protecteur, a continué de prêcher l’Évangile jusqu’à sa mort. Le roi Angus eut une vision où saint Andrew lui disait de marcher sur ses ennemis avec une croix blanche diagonale contre le ciel bleu. Cette bannière qui le mena à la victoire est aujourd’hui notre drapeau national. Le drapeau d’une légende! Vous pouvez sourire, mais je sais, pour en avoir été témoin, que dans certaines maisons résonnent certains soirs les lamentations de la fée Bean Sidhe, lorsque la mort s’apprête à fondre sur l’un des membres de la famille. Non loin d’ici, vous n’êtes pas sans savoir qu’à Machrie Moor se dressent de mystérieux cercles de pierres hantés par l’esprit des druides. Le Kelpie, ce cheval magique qui peut prendre la forme d’un homme afin d’attirer les jeunes filles au loin, galope dans nos vallons les nuits de pleine lune. Rappelez-vous aussi les Selkies, capables de changer de forme à volonté, pour se montrer tantôt humains, tantôt phoques. Et je ne vous parlerai pas de Nessie. Notre montre du Loch Ness. Tout, chez nous, baigne dans la fantasmagorie. Nous ne sommes pas un pays, nous sommes un mythe incarné. » (p.164-165)

L’histoire débute sur les chapeaux de roue. Le ton est donné dès les premières lignes du roman, et je me suis surprise à ne pas pouvoir poser le livre avant d’avoir atteint les 100 premières pages. Question suspense, on peut dire que Gilbert Sinoué est plutôt doué ! L’action s’enchaîne et le rythme de lecture est, par conséquent, vraiment très fluide et agréable.

Clarissa Gray, le héros principal, est une dame d’une septantaine d’années aux manies un peu vieillottes mais très attachante. J’ai trouvé très intéressant de voir comment une romancière de fictions policières allait à son tour mener l’enquête face aux différents meurtres qui se déroulent tout au long de l’histoire. J’ai vraiment aimé sa façon de s’identifier au héros de ses propres bouquins, Archie Rhodenbarr, pour la guider dans cette aventure.

Un autre point fort de ce roman, c’est la richesse des thèmes abordés. En plus d’être un thriller haletant, il soulève des sujets parfois délicats et même métaphysiques. Tout d’abord, une enquête qui se déroule au paradis, avec pour suspects des personnages bibliques historiques, nous fait réfléchir à l’éventualité de la vie après la mort, et de l’existence véritable de Dieu. De plus, l’auteur met l’accent sur les différences qui contrastent les religions monothéistes et exploite de très nombreuses références bibliques, ce qui nous pousse à réfléchir aux différents conflits soulevés au cours de l’Histoire de l’humanité au nom de la foi (un sujet d’une actualité brûlante). Il se sert également des personnages de Jésus, Moïse et Mahomet pour tenter d’apporter des explications concrètes (ou du moins l’interprétation que l’auteur en fait) aux phénomènes surnaturels des Écritures comme la résurrection de Jésus ou encore la traversée des eaux par Moïse. Il en profite aussi pour donner la parole à ces personnages mythiques afin de discuter des particularités propres à certaines religions et régulièrement pointées du doigt, comme le port du voile par exemple.

« Apprends, petit, qu’il existe deux sortes d’hommes, ceux qui déforment les Écritures à leur convenance et ceux qui en prennent le meilleur. Allah n’y est pour rien si l’humanité dans sa grande majorité n’y puise que le pire. D’autre part, apprends aussi que le djihad, c’est la lutte du croyant contre les passions et les mauvais penchants de l’âme. S’ils ont défiguré les mots sacrés c’est leur problème » (p.315)

L’auteur introduit aussi quelques références historiques écossaises comme Marie Stuart d’Ecosse et son code secret de communication, des données sur la numérologie et les mathématiques, etc. Bref, un beau petit mélange !

« Les silences de Dieu » de Gilbert Sinoué est une très belle découverte, une enquête policière haletante et énigmatique à l’intrigue maîtrisée, une réflexion sur les croyances religieuses et leurs conséquences, une escapade dans les plaines verdoyantes de l’Ecosse, bref, une lecture comme je les aime et que je conseille vivement de découvrir !

Notation : ♥♥♥♥

Dix petits nègres – Agatha Christie

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Auteur : Agatha Christie

Edition : Le Livre de Poche

Langue originale : Anglais

Genre : Policier

Date de parution : 1940

Nombre de pages : 222

EAN : 978-2253003960

Résumé

« Dix personnes apparemment sans point commun se retrouvent sur l’île du Nègre, invités par un mystérieux M. O’Nyme, malheureusement absent. Un couple de domestiques, récemment engagé, veille au confort des invités. Sur une table du salon, dix statuettes de nègres. Dans les chambres, une comptine racontant l’élimination minutieuse de dix petits nègres. Après le premier repas, une voix mystérieuse s’élève dans la maison, reprochant à chacun un ou plusieurs crimes. Un des convives s’étrangle et meurt, comme la première victime de la comptine. Une statuette disparaît. Et les morts se succèdent, suivant le texte à la lettre. La psychose monte. Le coupable se cache-t-il dans l’île, parmi les convives ? »

L’avis de la Papote

Pour le coup, il s’agissait d’une relecture pour moi. Je me souviens avoir lu ce livre lorsque j’avais treize ans, suite à un travail scolaire qui nous demandait de faire l’analyse d’un livre au choix. Je vois encore très clairement le bouquin dans les rayons de la librairie, et j’ai tout de suite accroché à l’histoire. Un policier, comme c’est étrange. D’habitude, ce n’est absolument pas le genre de roman vers lequel je me tourne, surtout si j’ai le choix.

En cette période automnale, j’ai souvent envie de lire des livres plus sombres, avec davantage de suspense, des meurtres ou des évènements surnaturels. J’ai donc eu envie de me replonger dans Dix petits nègres d’Agatha Christie, plus de dix ans après la découverte de l’ouvrage. Et je n’ai pas été déçue !

Quel chef d’oeuvre ! J’ai tellement aimé me replonger dans cette intrigue ingénieuse et pour laquelle on obtient le dénouement qu’au dernier chapitre ! On est tenu jusqu’au bout. Je me suis surprise à ne plus quitter mon livre d’une semelle pendant trois jours. Les chapitres sont très brefs, ce qui facilite grandement la lecture et permet de faire une mise au point assez régulièrement. Parce que, mine de rien, dix personnages à cerner, c’est pas de la tarte. Etant donné que le roman est très court, les descriptions ne coulent pas à flot, et les événements arrivent très vite, ce qui nous laisse peu de temps pour bien gérer les personnages et leur histoire.

Le suspense est présent jusqu’au bout. Je me suis surprise à retenir la comptine par coeur, à me demander sans arrêt la suite de l’histoire, à suspecter chacun des personnages tour à tour en changeant d’avis toutes les cinq lignes. La plume d’Agatha Christie n’est plus à présenter, certes, mais quelle allure, quel chic ! Aucune vulgarité, aucune description détaillée de violences, un dosage parfait dans le choix des mots. A chaque fois que je parvenais à déceler une faille dans le récit, je trouvais systématiquement la réponse quelques pages plus loin. Sans parler de la fin ! Un dénouement du tonnerre, qui nous donne envie de relire encore une fois le livre avec la connaissance du ou de la coupable.

Dix petits nègres est un roman policier topissime, plein de suspense, de rebondissements, d’ingéniosité. Si vous voulez un aperçu du crime parfait, je vous recommande chaudement cette lecture !

Notation : ♥♥♥♥♥