Chanson douce – Leïla Slimani 

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Auteur : Leïla Slimani

Edition : Gallimard

Genre : Contemporain

Langue originale : Français

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 277

ISBN : 978-2-07-019667-8

 

Résumé

«Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.»

L’avis de la Papote

J’ai découvert Leïla Slimani lors de son passage à l’émission « La grande librairie ». La description qu’elle avait faite de son deuxième roman « Chanson douce » m’avait complètement hypnotisée. Le thème, très fort et très dur, ne m’avait pas laissée de marbre. L’histoire d’une nounou meurtrière, sous ses faux airs angéliques, me touchait d’autant plus que ma fille venait de naître. Puis, quand j’ai su que ce roman avait remporté le prix Goncourt 2016, je n’ai plus hésité une seule seconde. J’étais bien trop curieuse de voir à quoi ressemblait le style d’une lauréate de ce prix tant convoité!

J’ai attendu le moment fatidique de la reprise du travail et de l’inévitable recours à la nounou pour commencer ma lecture. Sadique, moi? Pas du tout, je voulais surtout être dans le même état d’esprit que les personnages du roman. Et puis, ma nounou, je la connais depuis bien longtemps, et j’ai une confiance infaillible en son excellente santé mentale !

Aucun suspense dans ce livre : nous savons dès les premières lignes qu’un drame indescriptible vient de s’abattre sur la famille de Paul et Myriam : leurs enfants viennent d’être assassinés par leur nounou. Autant vous dire qu’il faut avoir son petit cœur de jeune maman bien accroché.

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. » (p.13)

Le reste de l’intrigue se concentre sur le quotidien de Louise avec Mila et Adam. C’est là tout l’intérêt de ce roman : un travail poussé sur la psychologie du personnage de la nounou, et une seule question qui nous tambourine le cerveau tout au long de notre lecture : « Mais comment diable ces parents ont-ils pu se tromper sur cette atroce bonne femme? ». Eh bien vous verrez, si le cœur vous en dit de découvrir ce roman, que tous autant que nous sommes aurions pu commettre cette erreur. Louise est juste parfaite. Elle s’occupe à merveille des enfants, fait le ménage et cuisine même pour la famille entière. C’est bien simple, Myriam et Paul ne peuvent plus s’en passer, et Louise ne peut plus se passer d’eux. Et c’est bien là tout le problème…

Cette lecture vous prend aux tripes, littéralement. Le style de l’auteure est incisif, coupant, direct. C’est d’ailleurs très surprenant au départ, mais cela colle tellement avec la lourdeur de l’histoire qu’on se laisse emporter par ces phrases courtes qui rythment à merveille le récit. Jusqu’au bout, on veut savoir POURQUOI.

« Elle adore pourtant ces deux enfants qu’elle passe des heures à observer. Elle en pleurerait, de ce regard qu’ils lui lancent parfois, cherchant son approbation ou son aide. Elle aime surtout la façon qu’a Adam de se retourner, pour la prendre à témoin de ses progrès, de ses joies, pour lui signifier que dans tous ses gestes, il y a quelque chose qui lui est destiné, à elle et à elle seule. Elle voudrait, jusqu’à l’ivresse, se nourrir de leur innocence, de leur enthousiasme. Elle voudrait voir avec leurs yeux quand ils regardent quelque chose pour la première fois, quand ils comprennent la logique d’une mécanique, qu’ils en espèrent l’infinie répétition sans jamais penser, à l’avance, à la lassitude qui viendra. » (p.211)

J’émets quand-même quelques petites réserves par rapport à certains éléments qui, selon moi, auraient dû faire partie de l’histoire et sont (à mon avis volontairement) omis. Quid de la réaction des parents face à ce drame? De la culpabilité ? Des remords ? De la descente aux enfers ? De la véritable explication du double meurtre ? Je pense que Leïla Slimani laisse les portes ouvertes à ses lecteurs, à nous de pousser la réflexion plus loin pour obtenir ces réponses. Il n’empêche que, moi, ça me laisse un peu sur ma faim…

Chanson douce est un roman à la construction originale, à l’intrigue douloureuse, poignante et au style percutant qui restera longtemps dans un coin de votre tête, une fois la lecture terminée. Une petite claque littéraire. Un prix Goncourt mérité, haut la main.  

Notation : ♥♥♥♥

Miss Peregrine et les enfants particuliers – Ransom Riggs

couv5110998Auteur : Ransom Riggs

Edition : Bayard Jeunesse

Langue originale : Anglais

Genre : Fantastique Jeunesse

Date de parution : 2012

Nombre de pages : 432

ISBN : 978-2-7470-3791-4

Tome 2 : Hollow City

Résumé

« Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient  envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ». Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela paraisse… »

L’avis de la Papote

« Miss Peregrine et les enfants particuliers », c’est LE premier tome de la saga jeunesse fantastique qui a défrayé la chronique depuis sa sortie. Comme je ne fais jamais les choses comme tout le monde, j’ai attendu que la vague de son succès soit passée pour me le procurer, en évitant soigneusement toutes les chroniques ayant été rédigées à son sujet. Ce qui m’a décidé? L’adaptation cinématographique sort en Belgique le 29 septembre 2016, et le risque de spoiler via les bandes-annonces que l’on voit partout devenait trop grand. Et puis, c’est une belle lecture d’automne, vous ne trouvez pas ? Mystérieuse, intrigante, un peu sombre…

L’histoire met donc en scène un jeune adolescent, Jacob Portman, et le lien très fort qu’il entretient avec son grand-père paternel, Abe. Croyant plus ou moins à ses histoires d’enfants particuliers sur cette île du Pays de Galles qu’il aurait connu pendant la guerre, Jacob se voit contraint d’y accorder de l’importance le jour où son grand-père se fait assassiner par une créature étrange que Abe lui avait déjà décrite comme un « Monstre ». S’ensuivent les aventures de Jacob sur cette île mystérieuse et pleine de secrets…

« Il n’y avait pas de lune et rien ne bougeait dans le sous-bois. Pourtant, de façon inexplicable, j’ai su exactement où lever ma lampe torche et où la braquer. Et là, dans ce mince rayon de lumière, j’ai aperçu un visage tout droit sorti des cauchemars de mon enfance. Le monstre m’a rendu mon regard ; ses yeux nageaient dans des fossés pleins d’un liquide sombre ; des lambeaux de chair noire pendaient sur sa carcasse voûtée. Sa bouche ouverte, grotesque, laissait échapper un faisceau de langues interminables, qui se tortillaient comme des anguilles. J’ai hurlé. La créature a fait volte-face et disparu dans les fourrés. »  (p.40)

Abordons d’abord le côté purement esthétique de l’objet livre. C’est une véritable merveille ! La couverture est soignée et intrigante, le papier est d’une qualité remarquable, les chapitres sont introduits par une page spécifique aux couleurs froides, bref, un RE-GAL. Toute la trame de l’histoire est basée sur d’anciennes photographies appartenant à des collectionneurs privés, et ces photographies se retrouvent éparpillées dans le livre. C’est vraiment le point fort de cette lecture : une belle construction d’un univers très original autour de photos existantes.

Les personnages (et il y en a quand-même une belle ribambelle) sont parfaitement dépeints selon moi. J’ai particulièrement apprécié le héros principal, Jacob, qui n’a rien d’un héros finalement. C’est juste un ado ordinaire comme vous et moi aurions pu l’être, et c’est ça qui facilite l’attachement que l’on peut avoir pour lui. En tant que lecteur, on découvre le récit à travers ses pensées, et on se projette très facilement dans sa peau.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié le contexte de l’histoire et les thèmes abordés par l’auteur. La seconde guerre mondiale est une période clé du récit et les manipulations du temps font partie intégrante de l’intrigue. Vous devez le savoir maintenant, mais les manipulations temporelles, c’est mon dada ! L’univers construit par l’auteur est juste parfait, tout s’emboîte à merveille, et personnellement, j’aurais beaucoup aimé vivre les aventures de Jacob !

Puisqu’il s’agit d’une trilogie, je terminerai par vous toucher un petit mot de la fin, sans vous dévoiler quoi que ce soit. J’ai été agréablement surprise par le dénouement de l’histoire auquel je ne m’attendais absolument pas. C’est tellement agréable de ne pas voir les choses venir et de se laisser emporter par l’auteur dans une direction complètement inattendue! Le récit ne se termine pas sur un cliffhanger insoutenable, je prendrai donc le temps avant de découvrir la suite des aventures de Jacob dans le tome 2, « Hollow City ».  De mon point de vue, c’est une histoire qui doit se déguster à petit feu !

Miss Peregrine et les enfants particuliers est une lecture que je conseillerais à tous les amoureux de la littérature jeunesse bien ficelée, à ceux qui aiment les mystères et le fantastique, à tous ces lecteurs jeunes ou moins jeunes qui sont désireux de découvrir un univers original et incroyablement bien construit. Maintenant que j’ai lu le livre, je file découvrir la bande annonce du film !

Notation : ♥♥♥♥

Cela – Moka

couv32506107Auteurs : Moka

Edition : L’école des loisirs – collection Medium

Langue originale : Français

Genre : Fantastique Jeunesse

Date de parution : 2000

Nombre de pages : 153

ISBN : 978-2-211-05684-9

 

Résumé

« Cela ne pensait pas encore. Cela ne pouvait que ressentir et expérimenter. Mais Cela savait qu’il fallait procéder avec précaution. Son attention se porta sur la chose à quatre pattes qui produisait des sons plus que désagréables. Cela ignorait encore que c’était un chien. Pas à sa mesure pour l’instant. L’autre chose à deux pattes l’était encore moins. Restait la dernière, petite, tremblante et faible chose. Mais elle intéressait aussi la chose à deux pattes. Cela n’eut pas le temps d’effectuer le transfert. Cela ne le regretta pas car Cela ne savait pas ce qu’était le regret. Cela sentit que la chose tremblante était mourante, donc inutile. »

L’avis de la Papote 

Moka est une auteur que j’avais découvert très jeune grâce à une lecture scolaire imposée, « Un ange avec des baskets ». Je n’en ai qu’un très vague souvenir, mais je me rappelle avoir adoré l’histoire à l’époque et j’ai eu envie de redécouvrir sa plume à travers un autre de ses ouvrages, déniché par hasard dans une boîte à livres.

Cela, c’est l’histoire d’un programme informatique intelligent, d’une bande d’enfants un peu curieux, d’un chien courageux, d’un psychopathe et d’une étrange créature qui s’introduit dans le corps d’êtres vivants pour survivre. Oui, oui, c’est tout ça à la fois. Ça peut paraître un peu étrange de premier abord, mais je vous assure, tout fait sens au moment de la lecture. On suit donc plusieurs petites histoires plus ou moins parallèles, qui se recoupent au fur et à mesure pour finir par se rejoindre avec brio à la fin du récit.

Ulysse et Sam, des jeunes garçons férus d’informatique, décident de hacker un programme intelligent nommé Centurion. Capable de penser par lui-même, Centurion tente de comprendre le monde en posant des questions aux jeunes garçons (et, à leur insu, à la petite soeur d’Ulysse, Marie-Beth, un peu trop fouineuse). Il aborde ainsi des thèmes très sérieux et existentiels tels que la guerre, l’amour, le bien et le mal.

« -Pourquoi les hommes font la guerre pour de vrai ? 

Ulysse en resta bouche bée. Comment pourrait-il expliquer ça à Centurion? Il ne le comprenait pas lui-même ! Il tapa sur son clavier :

-Les hommes ne sont pas parfaits. Ils sont parfois méchants, ils sont envieux, cruels, racistes… C’est dans leur nature de faire du mal. Beaucoup d’hommes se battent aussi pour leur liberté. Là, c’est différent. Mais la guerre est une chose horrible et très mauvaise.

-Pourquoi les hommes ne sont-ils pas parfaits? » (p.80)

J’ai beaucoup apprécié découvrir les réponses d’enfants à ces questions que peu de personnes osent poser. Certains passages sont très touchants, et on ne peut que s’attacher à cette petite machine qui pense, sans pouvoir ressentir les émotions humaines.

Comme je le disais plus haut, d’autres personnages interviennent et ont leur importance tout au long du récit, mais je ne vous dévoilerai évidemment pas tout… Ce serait du gâchis!

Que dire de l’écriture de l’auteur? Quel bonheur ! J’adore le style de Moka, avec ses phrases courtes, fluides, simples mais justes et parfois cinglantes. Le livre est très court et se lit rapidement, sans aucune longueur inutile et descriptions interminables.

Cela est un livre que je recommanderais à tout le monde sans exception. Certes, il s’agit d’un livre destiné à la jeunesse,  mais il est tellement plus que ça ! Les thèmes abordés sont forts, l’intrigue est bien construite, le style n’est pas enfantin du tout, bref, une très belle lecture que je vous conseille vivement de découvrir ! 

Notation : ♥♥♥♥

Le journal intime d’un arbre – Didier Van Cauwelaert

9782253166542-T

Auteurs : Didier Van Cauwelaert

Edition : Le livre de poche

Langue originale : Français

Genre : Contemporain

Date de parution : 2011

Nombre de pages : 181

ISBN : 978-2-253-16654-2

 

Résumé

« On m’appelle Tristan, j’ai trois cents ans et j’ai connu toute la gamme des émotions humaines.
Je suis tombé au lever du jour. Une nouvelle vie commence pour moi – mais sous quelle forme ? Ma conscience et ma mémoire habiteront-elles chacune de mes bûches, ou la statuette qu’une jeune fille a sculptée dans mon bois ? Ballotté entre les secrets de mon passé et les rebondissements du présent, lié malgré moi au devenir des deux amants dont je fus la passion commune, j’essaie de comprendre pourquoi je survis.
Ai-je une utilité, une mission, un moyen d’agir sur le destin de ceux qui m’ont aimé ? »

L’avis de la Papote 

Je me souviens avoir acheté ce livre dans une petite librairie indépendante du centre de Nivelles en étant terriblement attirée par la belle couverture et le titre évocateur. Le journal intime d’un arbre, assez original comme idée. J’avais, de plus, beaucoup entendu parler de l’auteur sans jamais avoir lu aucun de ses romans. Je n’ai donc pas hésité à en faire l’acquisition.

Ce petit roman de poche retrace l’histoire de Tristan, un arbre tricentenaire qui s’est déraciné un matin suite à une violente tempête. S’en suit le questionnement sur l’avenir de la conscience de l’arbre, l’impact de sa mort sur les personnages qui gravitent autour de lui et de nombreux retours dans le passé.

« Je suis tombé au lever du jour. Transmise par la lumière sur mes racines et le contact de mes branches avec la terre, l’information m’a été confirmée par le facteur. Je me suis vu gisant dans ses yeux, en travers de l’allée. Sa première pensée a été pour le docteur Lannes. « Le pauvre, quand il rentrera… » […] On m’appelait Tristan, j’avais un peu moins de trois cents ans, j’étais l’un des deux poiriers du docteur Lannes. Il m’avait fait inscrire sur la liste d’attente des Arbres remarquables de France, et avait obtenu ma grâce au tribunal quand les voisins m’avaient poursuivi pour vieillesse dangereuse. J’étais son bien le plus cher, son devoir de mémoire, sa victoire sur le temps. A son âge, ma mort allait probablement le tuer… J’ignore si nos liens se renoueront. Y a-t-il un au-delà commun pour les hommes et les arbres ? » (p.7-8)

La narration du récit est particulièrement intéressante, puisque c’est Tristan lui-même qui prend la parole. Se retrouver dans la tête, les pensées, le ressenti, les émotions d’un arbre, et observer les humains selon son point de vue, c’est assez étonnant. L’écriture est, par moment, très poétique et les chapitres sont très courts, la lecture n’est donc que plus agréable. Un arbre peut-il être témoin de ce qui se déroule dans nos vies? Est-il capable de ressentir nos émotions?

Le grand point positif que j’ai pu retirer de ma lecture, c’est ma prise de conscience de la richesse historique d’un arbre. J’avais tendance à oublier l’importance du vécu de celui-ci. Trois cents ans, tout de même ! Se rendre compte que le poirier gigantesque du fond du jardin a été planté sous Louis XV, c’est quand-même sympa ! J’ai bien aimé le fait que l’auteur nous replonge dans certaines périodes historiques comme la Révolution française, la première et la seconde guerre mondiale, l’apparition des premières automobiles, etc.

J’ai également apprécié tout le raisonnement écologique abordé dans ce roman. L’impact de la destruction massive des forêts, l’importance de préserver la nature et de vivre en harmonie avec elle, l’utilisation de l’art dans le but de faire passer le message au reste du monde.

« – En offrant aux être végétaux les formes de son imaginaire, Tristane lançait un message aux générations futures. Si nous continuons à détruire les arbres, ils nous détruiront. Si nous réapprenons à fusionner avec eux, si nous renouons avec nos origines, si  nous nous souvenons que, dans la tradition chamanique, ils nous ont créés comme des ambassadeurs mobiles destinés à accroître leurs connaissances, leurs interactions et leur puissance de rêve, alors nous éviterons ce que, par prétention aveugle, nous appelons la fin du monde… et qui signifie simplement notre disparition. » (p.164)

Malgré ces quelques points positifs, il y a un inconvénient majeur qui a complètement gâché ma lecture : les personnages. Je n’ai absolument pas réussi à m’attacher et/ou à m’identifier à eux. On commence avec Tristan et son propriétaire, le docteur Lannes, puis intervient Yannis, auteur proche du Docteur Lannes qui est chargé de la rédaction des Arbres remarquables de France et de retracer l’histoire de Tristan. Manon, alias Tristane, occupe également une grande place dans le roman, avec son passé trouble. J’ai été dérangée par la majorité de leurs réactions, par leur façon de penser et leur façon d’être. Impossible pour moi de comprendre  ces gens un peu louches…

L’intrigue en elle-même n’a rien d’exceptionnel non plus. L’auteur introduit une petite touche de mystère avec une vision énigmatique que Tristan ne parvient pas à identifier. C’est un peu la seule chose qui me tenait en haleine. Mystère résolu en trois lignes à la fin du roman. Mouais, tout ça pour pas grand chose, finalement.

En résumé, Le journal intime d’un arbre est un petit roman qui se lit facilement, aux thèmes accrocheurs, mais qui ne me semble pas assez abouti au niveau de l’intrigue et des personnages. Ce n’est pas la lecture du siècle et il ne restera pas longtemps sur les planches de ma bibliothèque…

Notation : ♥♥♥♥♥

Les silences de Dieu – Gilbert Sinoué

Auteur : Gilbert Sinoué513eRAjV8lL._SX195_

Edition :  Albin Michel

Langue originale : Français

Genre : Policier – thriller

Date de parution : 2003

Nombre de pages : 365

EAN : 978-2-702-88437-1

Résumé

« Peut-on croire que l’auteur d’un carnet codé, trouvé près d’un cadavre au fin fond de l’Ecosse, ne soit autre que… l’archange Gabriel? Est-il possible qu’un tueur en série sévisse au paradis? Est-il pensable que Jésus, Moïse et Mahomet fassent partie des suspects? Mrs. Clarissa Gray, célèbre auteur de romans policiers, va se retrouver, malgré elle, entraînée dans une enquête aux portes de la folie. »

L’avis de la Papote

Plutôt alléchant comme résumé, vous ne trouvez pas? Lorsque l’une des tantes de mon mari m’a tendu ce bouquin et que j’ai découvert ce quatrième de couverture, j’ai su que c’était une histoire faite pour moi. Un zeste de crime, dans une ambiance mystique, se déroulant dans les paysages verdoyants et mystérieux de l’Ecosse, et un carnet codé par-dessus le marché? Hop hop hop, illico presto dans ma bibliothèque !

Clarissa Gray est donc une auteur de romans policiers renommée, vivant isolément sur une petite île au large de l’Ecosse. Autant vous dire que le cadre dans lequel se déroule l’histoire ne pouvait pas être mieux choisi. Les bourrasques, la pluie, les grandes plaines et surtout, les légendes si caractéristiques de ce pays en font un lieu parfait pour une enquête policière aux allures paranormales.

« La patrie de l’inexplicable […]. Je suis policier, mais je suis aussi et avant tout écossais. Nous vivons dans un pays qui respire le surnaturel. Les chemins, les tourbes, les lacs, les montagnes. Et jusqu’à notre drapeau ! Lié sur une croix, au fin fond de la Grèce, saint Andrew, notre protecteur, a continué de prêcher l’Évangile jusqu’à sa mort. Le roi Angus eut une vision où saint Andrew lui disait de marcher sur ses ennemis avec une croix blanche diagonale contre le ciel bleu. Cette bannière qui le mena à la victoire est aujourd’hui notre drapeau national. Le drapeau d’une légende! Vous pouvez sourire, mais je sais, pour en avoir été témoin, que dans certaines maisons résonnent certains soirs les lamentations de la fée Bean Sidhe, lorsque la mort s’apprête à fondre sur l’un des membres de la famille. Non loin d’ici, vous n’êtes pas sans savoir qu’à Machrie Moor se dressent de mystérieux cercles de pierres hantés par l’esprit des druides. Le Kelpie, ce cheval magique qui peut prendre la forme d’un homme afin d’attirer les jeunes filles au loin, galope dans nos vallons les nuits de pleine lune. Rappelez-vous aussi les Selkies, capables de changer de forme à volonté, pour se montrer tantôt humains, tantôt phoques. Et je ne vous parlerai pas de Nessie. Notre montre du Loch Ness. Tout, chez nous, baigne dans la fantasmagorie. Nous ne sommes pas un pays, nous sommes un mythe incarné. » (p.164-165)

L’histoire débute sur les chapeaux de roue. Le ton est donné dès les premières lignes du roman, et je me suis surprise à ne pas pouvoir poser le livre avant d’avoir atteint les 100 premières pages. Question suspense, on peut dire que Gilbert Sinoué est plutôt doué ! L’action s’enchaîne et le rythme de lecture est, par conséquent, vraiment très fluide et agréable.

Clarissa Gray, le héros principal, est une dame d’une septantaine d’années aux manies un peu vieillottes mais très attachante. J’ai trouvé très intéressant de voir comment une romancière de fictions policières allait à son tour mener l’enquête face aux différents meurtres qui se déroulent tout au long de l’histoire. J’ai vraiment aimé sa façon de s’identifier au héros de ses propres bouquins, Archie Rhodenbarr, pour la guider dans cette aventure.

Un autre point fort de ce roman, c’est la richesse des thèmes abordés. En plus d’être un thriller haletant, il soulève des sujets parfois délicats et même métaphysiques. Tout d’abord, une enquête qui se déroule au paradis, avec pour suspects des personnages bibliques historiques, nous fait réfléchir à l’éventualité de la vie après la mort, et de l’existence véritable de Dieu. De plus, l’auteur met l’accent sur les différences qui contrastent les religions monothéistes et exploite de très nombreuses références bibliques, ce qui nous pousse à réfléchir aux différents conflits soulevés au cours de l’Histoire de l’humanité au nom de la foi (un sujet d’une actualité brûlante). Il se sert également des personnages de Jésus, Moïse et Mahomet pour tenter d’apporter des explications concrètes (ou du moins l’interprétation que l’auteur en fait) aux phénomènes surnaturels des Écritures comme la résurrection de Jésus ou encore la traversée des eaux par Moïse. Il en profite aussi pour donner la parole à ces personnages mythiques afin de discuter des particularités propres à certaines religions et régulièrement pointées du doigt, comme le port du voile par exemple.

« Apprends, petit, qu’il existe deux sortes d’hommes, ceux qui déforment les Écritures à leur convenance et ceux qui en prennent le meilleur. Allah n’y est pour rien si l’humanité dans sa grande majorité n’y puise que le pire. D’autre part, apprends aussi que le djihad, c’est la lutte du croyant contre les passions et les mauvais penchants de l’âme. S’ils ont défiguré les mots sacrés c’est leur problème » (p.315)

L’auteur introduit aussi quelques références historiques écossaises comme Marie Stuart d’Ecosse et son code secret de communication, des données sur la numérologie et les mathématiques, etc. Bref, un beau petit mélange !

« Les silences de Dieu » de Gilbert Sinoué est une très belle découverte, une enquête policière haletante et énigmatique à l’intrigue maîtrisée, une réflexion sur les croyances religieuses et leurs conséquences, une escapade dans les plaines verdoyantes de l’Ecosse, bref, une lecture comme je les aime et que je conseille vivement de découvrir !

Notation : ♥♥♥♥

Grey – E.L. James

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Edition : JC Lattès

Langue originale : Anglais

Genre : Roman érotique

Date de parution : 2015

Nombre de pages : 556

EAN : 978-2-298-10396-0

 

Résumé

« Christian Grey contrôle tous les aspects de sa vie : son monde est ordonné, organisé et désespérément vide, jusqu’au jour où Anastasia Steele tombe la tête la première dans son bureau. Il tente de l’oublier, mais il est emporté dans un tourbillon d’émotions qui le dépassent. À l’inverse des autres femmes, Ana l’ingénue semble lire en lui à livre ouvert, et deviner un cœur d’homme blessé derrière l’apparence glacée du magnat des affaires.
Ana pourra-t-elle effacer les horreurs que Christian a connues dans son enfance et qui ne cessent de le tourmenter ? Ou est-ce que la face sombre de la sexualité de Christian, son goût exacerbé du pouvoir et son peu d’estime de soi auront raison des sentiments de la jeune femme ? »

L’avis de la Papote 

La trilogie des « 50 nuances de Grey » a véritablement défrayé la chronique lors de sa sortie en 2012. Je me suis littéralement jetée sur ces ouvrages à l’époque, plus par curiosité face à l’ampleur que prenait le phénomène que par intérêt pour l’histoire. Je savais plus ou moins qu’il s’agissait d’un roman érotique à tendance sado-masochiste, et j’étais intriguée par la manière dont s’y était prise l’auteur pour construire son intrigue et ainsi vendre ses romans à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde. J’ai donc lu cette trilogie en même pas trois semaines de temps, parce que malgré les apparences un peu légères et les longueurs présentes dans le récit, le fond de l’histoire m’avait complètement embarquée.

Pour celles et ceux qui n’auraient mystérieusement jamais entendu parler de ce quatrième opus « Grey », il s’agit en fait de la réécriture du premier tome de la saga, décrit cette fois du point de vue de Christian, et plus de celui d’Anastasia. Christian Grey étant pour moi LE personnage marquant de cette trilogie, j’ai bien évidemment voulu me plonger dans ce livre et voir en quoi il différait du précédent.

« Un vacarme à ma porte me pousse à me lever d’un bond : un tourbillon de longs cheveux châtains, de membres pâles et de bottes brunes tombe tête la première dans mon bureau. Je lève les yeux au ciel en réprimant mon agacement légitime face à tant de maladresse, mais je me précipite vers la gamine qui a atterri à quatre pattes. J’agrippe ses frêles épaules pour l’aider à se relever. Un regard mortifié rencontre le mien. Je me fige. Ces yeux sont d’une couleur extraordinaire, bleu profond, d’une candeur stupéfiante. Un instant, j’ai l’affreuse sensation qu’elle peut lire directement en moi. Je me sens… mis à nu, et cette idée me trouble. Son petit visage adorable s’est teinté de rose. Je me demande brièvement si toute sa peau est comme ça – sans défaut – et à quoi elle ressemblerait, rosie, échauffée par la morsure de la canne.  »  (p.11)

Evidemment, il fallait s’attendre à un certain degré de redondance étant donné qu’il s’agit de la même histoire. Certaines répétitions étaient donc inévitables. Cependant, cet aspect n’a pas vraiment dérangé ma lecture. En effet, puisque Christian Grey est le narrateur de l’histoire, certains événements décrits ici ne pouvaient l’être dans le premier tome, puisqu’Anastasia ne pouvait simplement pas être au courant de ceux-ci. Il ne s’agit donc pas du tout d’un copier-coller du premier tome paru à la sauce Christian Grey.

J’ai particulièrement apprécié les très nombreux flash-backs et cauchemars présents dès le début de l’histoire, qui nous ramènent dans l’enfance tourmentée et obscure de Christian Grey et qui nous offrent un aperçu des raisons pour lesquelles il a opté pour ce mode de vie peu commun de domination. J’ai trouvé que cela ajoutait une dimension encore plus intéressante au personnage, et cela m’a permis de comprendre plus facilement certaines de ces réactions au cours de l’histoire. Selon moi, c’est surtout cet aspect qui marque la différence avec la première écriture du roman et qui le rend plus attrayant.

Flash-back : « J’ai trois voitures. Elles roulent vite sur le plancher. Super vite. J’en ai une rouge. Une verte. Une jaune. Ma préférée, c’est la verte. C’est la mieux. Maman les aime aussi. J’aime bien quand maman joue avec moi et mes voitures. Elle préfère la rouge. Aujourd’hui, elle reste assise sur le canapé à regarder le mur. « Maman! Ma voiture! » Elle ne m’entend pas. « Maman! » Je lui tire la main, elle s’allonge et ferme les yeux. Elle dit : « Pas maintenant, Asticot. Pas maintenant. » Ma voiture verte reste sous le canapé. Elle est toujours sous le canapé. Je la vois. Mais je ne peux pas l’attraper […] » (p.9)

Par contre, gros point négatif pour les dialogues qui sont parfois assez risibles et peu construits. On est d’accord, ce n’est pas de la grande littérature… Le vocabulaire employé est toujours aussi franc, direct, parfois vulgaire, et les scènes sexuelles sont un peu trop explicites voire dérangeantes à mon goût.

Personnellement, je trouve qu’il aurait été profitable à la saga d’avoir une double narration dès le début, tout au long des trois tomes, en faisant intervenir à tour de rôle le point de vue des deux protagonistes. Cela aurait probablement enrichi les personnages et les situations décrites…

En conclusion, « Grey » de E.L. James est une romance érotique qui pourrait vous plaire si vous êtes tombés sous le charme de Christian Grey lors de la lecture de la trilogie, dans la mesure où il offre au lecteur le point de vue direct de ce personnage marquant et intriguant. Toutefois, cela reste une réécriture d’un tome existant, ne vous attendez donc pas à de grandes révélations lors de votre lecture.

Notation : ♥♥♥♥♥

La femme au carnet rouge – Antoine Laurain

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Auteur : Antoine Laurain

Edition : J’ai Lu

Langue originale : Français

Genre : Romance

Date de parution : 2014

Nombre de pages : 224

EAN : 978-2-290-10463-7

 

 

Résumé

« Un matin à Paris, alors qu’il ouvre sa librairie, Laurent Letellier découvre dans la rue un sac à main abandonné. Curieux, il en fait l’inventaire et découvre, faute de papiers d’identité, une foule d’objets personnels : photos, parfum … et un carnet rouge rempli de notes. Désireux de retrouver la propriétaire du sac, Laurent s’improvise détective. A mesure qu’il déchiffre les pages du carnet contenant les pensées intimes de l’inconnue, le jeu de piste se mue progressivement en une quête amoureuse qui va chambouler leurs vies. »

L’avis de la Papote 

Ce petit roman de poche a attiré mon attention alors que j’arpentais les rayons de ma librairie, à la recherche d’un ouvrage qui pourrait combler mes heures de paresse au soleil en vacances. Une couverture simple mais colorée qui ne passe pas inaperçu. Puis un titre évocateur : il est question d’un carnet. Un carnet rouge perdu. En lisant le résumé au dos du livre, il n’y avait pas d’hésitation. Curieuse à l’extrême, les petits carnets ne m’appartenant pas et contenant notes, listes et pensées en tous genres m’ont toujours fascinée. Qui n’a jamais eu envie de se plonger dans les pages noircies d’un petit cahier et d’entrer ainsi dans l’intimité d’une personne inconnue?

L’histoire est relativement banale pour une romance : un homme trouve le sac à main d’une inconnue dans la rue. A travers les objets personnels contenus dans ce sac, il se met à imaginer la belle inconnue et tente de la retrouver. Ce n’est pas un spoiler puisque c’est bien précisé dans le résumé de l’histoire : une histoire d’amour va naître entre ces deux personnages.

Au fil des pages, le lecteur fait la connaissance des deux protagonistes principaux et découvre ce qui est arrivé au sac à main de la jeune femme, ou plutôt, comment il s’est retrouvé dans la rue, parallèlement à l’enquête menée par Laurent, cet homme ayant claqué son poste du jour au lendemain pour ouvrir une librairie en plein cœur de Paris (ça fait rêver).

 » Posé sur le couvercle, il y avait un sac à main. En cuir mauve et en très bon état. Il comportait de nombreuses poches et fermetures zippées, deux larges anses, une bandoulière et des attaches dorées. Par réflexe, Laurent regarda autour de lui – le geste était absurde, aucune femme n’allait soudainement se matérialiser pour venir récupérer son bien. A la manière dont le cuir se tenait sur sa base, le sac n’était pas vide. Vide et abîmé, sa propriétaire l’aurait jeté dans la poubelle et non pas déposé dessus. […] Quelque part dans la ville, une femme s’est sûrement fait dérober son bien et très probablement a-t-elle abandonné tout espoir de le revoir un jour.  » (p.23 – p.24)

Le style de l’auteur est très abordable, très simple, et le rythme de lecture est assez rapide puisque les chapitres sont très courts. J’ai trouvé que les personnages étaient relativement intéressants, sans trop de recherche non plus dans leurs histoires personnelles respectives. L’enquête menée par Laurent pour retrouver la propriétaire du sac est tout à fait plausible et le déroulé des événements se fait sans accro, ni trop lentement, ni trop rapidement. Ce que j’ai préféré dans ce roman, c’est de me plonger moi aussi dans le sac à main de cette dame, de faire sa connaissance à travers ces quelques objets à la valeur sentimentale inestimable. Et, bien évidemment, de lire quelques pages de ce carnet rouge intriguant.

« Il était presque onze heures du soir. Toujours assis par terre et désormais entouré d’objets, Laurent était plongé dans le carnet Moleskine rouge contenant les pensées de l’inconnue sur des dizaines de pages, parfois raturées, soulignées ou écrites en majuscules. L’écriture était élégante et souple. Elle devait les avoir consignées au gré de ses envies, sûrement aux terrasses de cafés ou lors de trajets en métro. Laurent était fasciné par ces réflexions qui se succédaient, aléatoires, touchantes, loufoques, sensuelles. Il avait ouvert une porte qui menait à l’esprit de la femme au sac mauve et même s’il était un peu déplacé de lire les pages du petit carnet, il ne pouvait s’en détacher. » (p.42 – p.43)

Cela étant dit, j’ai trouvé « l’histoire d’amour qui va bouleverser leurs vies » beaucoup trop bâclée. J’aurais aimé que l’auteur approfondisse cette romance naissante que l’on attend tout au long de notre lecture et qui finalement ne dure que trois lignes. Un peu déçue donc par le final. Alors oui, certes, il s’agit d’une petite histoire toute mignonne, toute fraîche, pour laquelle on ne se pose pas vraiment de question, mais ce n’était pas une lecture coup de coeur.

La femme au carnet rouge d’Antoine Laurain est une histoire douce, une belle lecture estivale qui pourrait cependant vous laisser un petit goût de trop peu.  

Notation : ♥♥♥♥♥